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Soufisme

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La Transmission Initiatique (...Fin)

 

En conséquence, cette initiation relève du seul pouvoir du divin. Si elle procédait du pouvoir de l'homme, la raison la réaliserait et la quête de la Vérité s'accomplirait d'une manière rationnelle. Ainsi, pour l'homme Mohammed, tant qu'il restait dans les limitations du domaine rationnel il ne pouvait pas lire, sa raison était incapable de saisir cette lecture. La communication ne pouvait s'opérer. Mohammed était encore dans le contingent alors que l'ange Gabriel se trouvait dans l'Absolu. Ce sont deux plans différents. Dès lors, par l'injonction : « Lis par le Nom de ton Seigneur », l'homme limité disparaît, le Prophète initié apparaît, la lecture se fait. Le Verbe s'imprime dans l'être du Messager. C'est le Vivant qui transmet au vivant! En effet, dès lors que Mohammed accepte de lire par son Seigneur, il s'éteint pour renaître en Lui. Désormais vivant dans la plénitude, le Message se révèle. C'est la communion des consciences. C'est l'Esprit qui transmet à l'esprit. L'être égotique s'efface et l'être spirituel s'impose. 

C'est un nouveau monde qui s'ouvre. Le temps et l'espace conventionnels mutent. Une nouvelle dimension " espace-temps " surgit. On pourrait la représenter par le présent dans le temps et le centre dans l'espace symbole de l'unité retrouvée.

Comment s'opère cette alchimie ? Quelle est sa dynamique ?

Tant que l'homme est encore prisonnier de la norme, il ne peut atteindre ce stade. Pour ce faire, il lui faut une soif inextinguible de Vérité, un désir ardent de Le connaître, un véritable choc émotionnel (contact de Mohammed avec l'Esprit). Telle est la voie traditionnelle de la sagesse où cette initiation se transmet et se perpétue, à travers une chaîne ininterrompue qui débouche indubitablement sur la Réalité.

Celui qui vit une telle expérience, avec ses bouleversements et ses métamorphoses, revient-il vers le monde sensible ou est-il brûlé d'Amour à l'image du phalène qui danse autour de la lumière au point d'être calciné ? Calciné ! Comme Rûmî après sa rencontre avec Shams de Tabriz. Il y a ceux qui y restent, ravis à jamais par Dieu, dans une ivresse sans fin. Il y a ceux qui retournent dans le monde sensible comme les prophètes, les saints et les sages. Ceux-ci reviennent pour témoigner, initier, assurer ainsi la jonction entre le Sensible et le Subtil. Pour assumer la Transmission. Ce qu'atteste cette citation du Cheikh Al-'Alawi :  

[...] Lorsqu'ils ont contemplé le monde de la Pureté, ils n'éprouvent pas le besoin de rejeter l'existence de la contingence, puisque celle-ci est constamment changeante alors que le Principe est pureté dénudée de toute tare.

Ibn al-Fârid a dit :

C'est une limpidité et ce n'est pas de l'eau, c'est une fluidité et ce n'est pas de l'air C'est une lumière sans feu et un esprit sans corps. 

Ce niveau de lecture, qui est en fait une non-lecture, procède de el-ihsan (excellence ou perfection). 

« Si la loi (la première lecture) est le cadre extérieur dans lequel se situe le message mohammédien, la foi (la deuxième lecture) une lumière qui vient nous éclairer intérieurement sur les signes qui témoignent de cette réalité divine dans la création, alors l'excellence ou perfection est ce qui nous invite à vivre, et à réaliser la plénitude du message, C'est l'expérience intime, profonde et réelle qui fait de nous des témoins vivants et privilégiés. Cette réalisation devient effective en nous par la vision, la contemplation et la certitude où nul doute n'est permis. Cette expérience transforme radicalement l'être dans sa façon de voir, d'entendre, de parler, de penser et d'agir. Elle le rattache à l'essentiel du message, au tawhid, principe de l'unité divine, le point de départ de toute expérience, la continuité de son évolution et sa finalité. L'homme découvre la vérité subtile inscrite dans la création par une approche positive d'éveil à travers ses propres sens.

Un hadîth le définit comme suit :

‘‘Adore Dieu comme si tu Le voyais, car sache que si t'u ne Le vois pas, Lui te voit.’’

Tout regard vers le beau me révèle la beauté du divin. Et derrière chaque apparence se cache une subtilité. Tout ce qui m'entoure m'invite à vivre et à approfondir cet état.

‘‘Il est le Premier et le Dernier, Celui qui est l'apparent et Celui qui est le caché. Il connaît parfaitement toute chose’’ (Coran, sourate 57, verset 3). De ce fait l'expérience au quotidien devient une relation permanente imprégnée de la présence du divin. »  

À ce stade, Il n'y a plus de questionnement, plus de mot. Dans cet état d'extrême limite, l'être est parvenu à l'épanouissement total, au-delà de l'idée même du bonheur, par-delà la non-dualité, immergé dans la parfaite harmonie, comme le décrivent ces magnifiques versets du Coran :

« Par l'étoile quand elle décline votre compagnon ne s'égare ni n'est un fol

ni ne tient un langage inspiré par la passion.

Ceci n'est que Révélation à lui révélée

Dont l'instruit un pouvoir puissant.

Atteignant la rectitude,

Il est à l'horizon suprême

Puis s'approche et se suspend.

Alors, il se tient à une distance de deux tensions d'arc, Peut-être moins,

Il révèle à son serviteur ce qu'Il lui révèle. » (Sourate 53, versets 1-10)  

C'est dans cet état de proximité que l'union s'accomplit et qu'enfin l'âme apaisée est accueillie.

Elle retrouve ainsi son Origine et renoue avec le pacte primordial par lequel toutes les âmes de la future humanité ont reconnu leur Seigneur : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? Oui, nous en témoignons. » (Sourate 7, verset 172)

Et c'est par la confirmation de ce pacte (mithaq), lien indéfectible entre Dieu et l'homme, que celui-ci devient le dépositaire et le messager de cette vérité. Ainsi, pour le soufisme, l'humanité depuis Adam jusqu'à nos jours n'a de sens que dans la reconnaissance et le renouvellement de ce pacte scellé dans la prééternité entre l'homme et Dieu. Il serait vain de rechercher dans l'expérience de la vie ici-bas une finalité autre que celle de redécouvrir ce trésor caché en nous.

Mais cela implique cette extinction à soi, pour revivre en Dieu, et ainsi réaliser qu'il n'y a rien d'autre que Lui. 

Cet état est décrit par le Cheikh Al-'Alawi en ces termes :

[...] L'extinction (al-Fana) est aussi un de tes attributs.

Avant de t'anéantir et de disparaître, mon frère, tu es déjà éteins, anéanti et effacé. Tu es illusion dans une illusion, néant dans un néant. Depuis quand donc existes-tu pour pouvoir t'éteindre ? Tu n'es semblable qu'à « un mirage dans une plaine désertique que l'assoiffé prend pour de l'eau, de sorte que lorsqu'il y arrive il n'y trouve rien mais trouve Dieu ». Si tu fouillais ton âme, tu n'y trouverais rien si ce n'est Dieu. Autrement dit, au lieu de trouver ton âme, tu Le trouves, Lui. Ainsi, il ne reste de toi qu'un nom sans forme, car l'existence appartient à Dieu, non à toi. Si tu arrives donc à réaliser cela et à reconnaître ce qui est à Dieu, c'est-à-dire à dépouiller ton âme de ce qui n'est pas elle, tu remarqueras qu'elle est semblable à un oignon fait entièrement de pelures. Voulant peler complètement cet oignon, tu commenceras par ôter la première peau, puis la seconde, puis la troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ne reste rien de cet oignon. Tel est le serviteur par rapport à Dieu. 

Pour conclure, l'Imam al-chafi'i nous met en garde : [...] Les ignorants ont une immense excuse.

S'ils voyaient la Réalisation, ils ne pourraient la reconnaître.

 

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