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Soufisme

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La Transmission Initiatique

Vouloir parler de la transmission, c'est en somme passer en revue l'histoire de l'homme à travers ses différentes évolutions. Les civilisations, les cultures, les usages, les coutumes sont le fruit de transmissions successives qui se sont effectuées dans et à travers le temps.

Peut-on dire que la création, dans sa diversité, dans ses transformations visibles ou invisibles, est le résultat d'un phénomène de transmission, qu'elle a été voulue et élaborée, mais alors dans quel but ? Pour répondre à ces questions, il faut apprendre à lire, à décoder, en allant de la lecture la plus simple, à la portée du commun, à celle du savant, fondée sur le savoir et l'observation, et enfin à la plus subtile, qui relève, quant à elle, du spirituel.

Ce sont là les différents niveaux de cette lecture inscrits dans les premiers versets du Coran révélés au Prophète Mohammed (SSP) pour lui annoncer le Message et sa mission de transmetteur de l'initiation spirituelle.

Cette initiation s'est transmise de génération en génération.

Comment s'est effectuée cette expérience à travers le vécu du fondateur de cette chaîne initiatique ?

 

C'est par le désir intense de connaître la vérité dans l'isolement, le recueillement et la méditation que Mohammed a reçu ce premier message, d'où découle tout l'enseignement sur lequel repose la voie soufie.

« Lis ! » Cet enseignement débute par l'impératif, « Lis ! » : « Lis, au Nom (ou par le Nom) de ton Seigneur qui a créé Il a créé l'homme d'un caillot de sang Lis ! Car ton Seigneur est très Généreux Qui a instruit l'homme au moyen du Calame. » (Coran, sourate 96, versets 1 à 4)

 

L'homme Mohammed, étant «illettré», répond: « Je ne sais pas lire », à l'Esprit Saint qui fait cette injonction.

Une seconde fois celle-ci est répétée avec plus d'insistance et d'autorité. Ce n'est qu'à la troisième : « Lis au Nom (ou par le Nom) de ton Seigneur qui a créé », que la lecture se fait.

Pourquoi cet ordre est-il réitéré trois fois ? L'ange Gabriel s'adresse à Mohammed, qui va devenir le Messager, et il lui ordonne de lire. Il répond naturellement : « Je ne sais pas lire. » Il s'adresse en fait à un analphabète, c'est-à-dire un esprit vierge, qui affirme son incapacité de lire par lui-même, et encore moins de saisir la réalité complexe de la création dans son unité. L'Esprit Saint l'invite une deuxième fois, il répond encore : « Je ne sais pas lire. » Ce n'est donc qu'à la troisième injonction que le message va lui être transmis : « Lis par le Nom de ton Seigneur. » La lecture va se faire non point par l'effet de l'apprentissage ou du savoir, mais par un mode de lecture totalement inspiré par le Divin.

 

« Il a enseigné à l'homme ce qu'il ignorait. » (Coran, sourate 96, verset 5)

Si la lecture lui est impossible à la première demande, c'est parce que l'héritage culturel ne permet pas d'appréhender les réalités subtiles. Ce conditionnement mental, façonné depuis la plus tendre enfance, a limité notre relation à la réalité contingente. C'est en fait une invitation à l'effort pour dépasser ce niveau primaire, ou le premier degré de la lecture de l'univers, de la nature, de notre environnement et de nos propres sentiments.

L'homme à ce niveau est encore dans l'ignorance de cette connaissance qui lui permet de décoder ce qui est derrière la réalité ambiante. En un mot, il n'a pas encore la maturité spirituelle pour accéder par le Divin, à la lecture du Divin inné en lui.

 

En fait, il s'agit de transcender l'acquis pour aller à la redécouverte de l'inné.

C'est là qu'intervient la troisième lecture, ou le troisième niveau de lecture, grâce au rôle du maître spirituel qui, par sa pédagogie, permet à l'être de renaître. C'est dans ce sens que l'expression soufie : « Le disciple est entre les mains de son maître dans l'état d'un cadavre face à celui qui lui fait sa toilette », trouve toute sa signification et sa résonance. Pour accéder, donc, à ce troisième niveau de la lecture, le disciple accepte une mort-résurrection; le Prophète a dit : « Mourez avant de mourir. » En d'autres termes, Il s'agit de faire abstraction de l'acquis pour accéder à l'inné, de transcender ou de dépasser les apparences pour connaître les réalités subtiles.

 

On passe du domaine du savoir à celui de la Connaissance. C'est ce à quoi fait allusion ce hadith : « Les êtres dorment, une fois morts ils s'éveillent. » Comment s'opère cette transmutation ?

 

 

 

 

 

 

 

LA PREMIERE LECTURE OU LA LECTURE PAR LES SENS

 

Tout être humain possède cette lecture : « Tout nouveau-né vient au monde dans une nature originelle. »

« C'est le milieu qui le façonne en lui donnant sa première vision de la vie. » Par cette paraphrase d'un hadith du Prophète, situons son champ d'application.

Le premier centre d'apprentissage de la culture est la famille : c'est là que l'enfant découvre la vie, apprend à distinguer les êtres et les choses. C'est le premier lieu de découverte, mais il ne s'explique pas encore la logique qui relie ces êtres et ces choses. Cette phase est primordiale, essentielle pour le développement futur de la personnalité.

 

Entouré d'affection et d'amour, l'enfant acquiert de l'assurance, s'épanouit, va à la rencontre de la vie et de la société. Il apprend à s'intégrer à un environnement riche et varié. A ce stade, l'acquisition est-elle dépourvue d'aspect subtil ? Certes non, puisque déjà, nourrisson, il saisit les couleurs, les odeurs, les bruits et les sons. Il est sensible à la musique. Il est rassuré par la seule odeur de sa mère. Cette forme d'éducation se fait naturellement. Quant aux premiers rudiments de l'initiation, ils s'effectuent par l'acquisition d'un certain nombre de valeurs, de notions ou simplement de réflexes. L'éducation civique et l'initiation spirituelle se font au fur et à mesure que l'enfant grandit, évolue. Dans le milieu traditionnel musulman, à la naissance, on transmet au nouveau-né la formule de l'Unité en susurrant à son oreille la profession de foi, dernière formule qu'il prononcera ou qu'on prononcera pour lui dans ses derniers moments. Cette formule prononcée dans l'oreille du nouveau-né consiste donc à semer la graine de l'Unité dans la conscience de l'individu.

 

En transmettant à l'être, dès son premier contact avec la vie, la formule de l'unité, on rappelle celle-ci à ses sens, en leur qualité de premières clés de contact avec le monde et l'environnement. Cette mise en éveil du nouveau-né à l'unité l'accompagne à travers son éducation qui, dans son aspect doctrinal, s'appuie sur le premier pilier de la religion : l'islam.

Cet éveil à l'unité commence par celui des sens, qui selon la tradition islamique ne sont pas cinq, mais sept.

Aux cinq sens classiques connus s'ajoutent l'estomac et le sexe. Ce que l'oeil voit, l'oreille entend, la main saisit ou touche, la langue dit ou goûte, le nez sent, vise, par-delà la perception et l'interprétation du monde sensible, à structurer l'être pour qu'il puisse s'éveiller à l'unité.

 

Ainsi la petite ablution tend-elle à les purifier et à les pacifier à travers sa symbolique et son rituel. On prend l'eau dans la main, on rince la bouche, on l'aspire par le nez, on nettoie les yeux en lavant le visage, on nettoie les oreilles. L'interdit de manger ou de boire tel aliment ou telle boisson vise à purifier l'estomac et à sacraliser la nourriture. Le sexe, en sa qualité d'organe de reproduction de l'espèce ou de transmission de la vie, doit lui aussi être purifié par la grande ablution, lui ôtant ainsi son caractère agressif et bestial et donnant à la vie sa dimension sacrée. Il s'avère donc que l'éducation religieuse musulmane ne réprime pas les sens : elle les valorise, les humanise, les pacifie. Au lieu de vivre par les pulsions de l'instinct, l'éducation spirituelle fait des sens des instruments de conscientisation dans le cheminement vers le Divin. N'est-ce pas par ces organes que nous sommes informés de l'état de notre environnement ? L'œil, ou organe de la vue, saisit les images qu'il transmet au cerveau qui, lui, discerne les formes, les couleurs, le beau, le laid.

 

A travers cette diversité, l'être est invité à ne voir que la manifestation de Dieu. Ainsi, lorsque l'assoiffé dans le désert croit voir de l'eau dans un mirage, Il s'y dirige pour étancher sa soif : « Mais quand il l'atteint, il n'y trouve rien, sinon Dieu. » (Coran, sourate 24, verset 39). Cette métaphore et le verset qui l'explique donnent la signification de la fonction des sens dans l'éducation spirituelle. Dans le même ordre d'idées et à ce niveau de lecture, on développe certains réflexes, comme entrer du pied droit dans une demeure ou un lieu, en partant du principe que le côté droit représente la droiture, la rectitude, le côté positif. Réciter au début de chaque acte de la vie la Bismalah (Au nom de Dieu le Clément le Tout Miséricordieux) tend à maintenir la vigilance. Être vigilant, c'est être présent à soi-même. C'est être en éveil.

 

A ce stade, cet enseignement structure la personnalité, en sachant que l'être demeure encore dans la dualité.

 

Le premier niveau de cette lecture à travers la lettre procède de la loi, avec ses notions de récompense, de punition, de paradis, d'enfer... Elle est commune à toutes les religions et enseignée par les juristes et les théologiens. Cette conception génère une lecture « bipolaire » des textes sacrés et de la vie. Elle peut développer, quand elle est sectaire, une culture de conflits, d'antagonismes, de rejets. Cette situation engendre des drames tant au niveau de l'individu que de la société.

Elle se caractérise chez certains, malheureusement, par un intégrisme et un fanatisme suicidaires. Réfractaires aux évolutions de leur époque, ils ne peuvent, ou ne veulent, accomplir les mutations nécessaires à leur épanouissement spirituel.

 

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