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Un jour,
quelqu'un a posé cette question à mon grand-père : " Mais qui êtes-vous,
Cheikh ? " Il répondit : " Je suis un, de la fraternité. " Je crois
sincèrement, et je ne vous l'apprends pas, que toute personne qui cherche la
vérité souhaite à travers cette quête donner un sens à sa vie.
Une existence
qu'il n'a d'ailleurs nullement désirée ou programmée puisque aucun d'entre
nous n'a décidé de lui-même de naître dans ce monde.
Cette
décision a été prise pour lui, par son père et sa mère qui un jour ont
choisi d'avoir des enfants et parfois malgré eux. Entre une femme et un
homme, la nature, par malice, suscite des désirs qui entraînent la venue au
monde d'un enfant, ne sachant ni pourquoi ni comment. A nous,
aujourd'hui, se posent donc les questions qui se sont postes à toutes les
générations et civilisations qui nous ont précédés sur cette terre. En
effet, de tout temps l'homme s'est interrogé sur le sens de la vie : Qui
suis-je ? Pourquoi est-ce que j'existe ? Où vais-je ? Et après la mort ?...
Dans la
tradition soufie, nous considérons qu'il y a pour l'homme qui s'interroge
deux manière d'aborder cette problématique : soit nous attendons que les
réponses viennent d'autrui et il peut s'agir de maîtres, d'églises, de
philosophies, ou bien des livres révélés, etc., soit nous cherchons en nous-
mêmes profondément, en allant pas à pas vers cette quête de l'homme que nous
portons en nous.
Si nous
n'avons pas choisi de vivre, la vie est donc un don qui nous est fait, et
qui vient de très loin car si nous en renvoyons la responsabilité à nos
parents, eux-mêmes la renverront à leurs propres parents... Nous voyons bien
que nul n'est responsable, il y a donc une volonté autre qui a voulu que la
vie soit, pour nous ainsi que pour toutes les créatures.
Pour les
soufis, cette vie provient d'un nom divin : le vivant. Dieu a voulu
s'incarner, se voir, c'est la manifestation du " trésor caché '', comme le
dit Christiane Singer. Il a créé le monde afin qu'un de Ses noms, un de Ses
attributs, se réalise.
Cet attribut
est le vivant, et nous manifestons cette volonté. Nous ne sommes au fond que
le réceptacle, le miroir de cet attribut divin - et, du reste, que nous le
voulions ou pas, et cela dans toutes les situations, sage ou ignorant,
assassin ou gendarme, justicier et juge, balayeur ou président. Chacun de
nous va vivre ce destin voulu par une volonté qui lui est supérieure. C'est
pour cette raison que les soufis considèrent que ce qu'il y a de plus sacré
dans l'existence c'est justement la vie elle-même.
Nous devons
faire très attention à la préserver, dans ce qu'elle a de plus sacré, de
plus beau et Surtout de plus divin. C'est donc à chacun de réfléchir à ce
qu'il a d'essentiel en lui-même.
Qu'est-ce que la
vie pour nous ? Est-ce manger, boire, procréer, jouir des bienfaits matériels,
ou a-t-elle une autre dimension qui se manifeste dans l'amour qu'on a pour
autrui, pour ses enfants, dans cette fraternité universelle que nous partageons
tous à travers notre identité adamique ? Cette origine commune qui dépasse les
races, les philosophies, fait de nous non pas des individus limités à une
sphère, à un environnement culturel philosophique ou religieux (qui va
d'ailleurs être Souvent pour nous une limitation), mais au contraire un être
universel. Un être à qui les autres renvoient, comme lui-même, le témoignage de
l'unité.
Nous sommes un de
la fraternité, cette unité qui a voulu que chacun de nous ne ressemble pas à
l'autre dans sa façon d'être, de voir, dans sa façon de comprendre et d'agir. Il
est toujours un. Dans cette multiplicité dans laquelle nous vivons, nous
incarnons toujours l'unité, et cette diversité est une volonté divine, une
richesse considérable que les hommes doivent préserver et méditer. C'est en
méditant la création qu'on se rapproche du Créateur. Mais, malheureusement ou
heureusement, je ne sais pas, l'éducation que l'on reçoit ne fait pas de nous
des êtres libérés mais contraire des êtres conditionnés pensant que eux seuls
détiennent le vrai et que l'autre est dans l'erreur. Ma civilisation, ma
religion, ma démarche est toujours supérieure à l'autre, et l'on se prive par
cette attitude de connaître et de jouir de l'extraordinaire richesse contenue
dans la multiplicité.
La tradition
soufie situe l'homme dans sa globalité et dans une démarche évolutive vers
l'unité incarnée par l'homme universel. Dans le tassawuf, nous situons
symboliquement chaque chose dans un cercle. L'homme est donc à l'image de la
sphère, comme les planètes dans l'univers. Ce cercle est fait de deux parties :
une apparente, corporelle, et l'autre spirituelle ou métaphysique, et l'harmonie
de l'être se trouve dans l'équilibre des deux.
La partie
corporelle est faite de plusieurs acquisitions qui nous viennent de nos origines
lointaines ; minérale, végétale et animale. Nous faisons partie de cette chaîne
de la Création. Nous avons en nous-mêmes transité par ces mondes qui ont, pour
revenir à la question du sens, un rôle très important dans notre état et notre
comportement (voir le schéma).
En effet, chez
certains, cet état minéral va se manifester par une dureté extrême tandis que
l'état végétal fera d'eux des individus surtout soumis au désir et au besoin. La
croissance d'une plante est déterminée par la quête de l'eau nourricière et de
la lumière. Un végétal peut donc pousser tout à fait de travers, conditionné par
les besoins qui l'animent. Ainsi, l'homme sera conditionné lui aussi par ses
désirs, par ses sens, le toucher, la parole, l'estomac, le sexe, etc. Il
obéira à ces lois naturelles qui lui viennent de ses origines lointaines. Quant
à l'état animal, je pense que vous le voyez se manifester si souvent qu'il n'est
pas nécessaire de le décrire : l'agressivité constante, la reproduction, la
force brutale, la puissance aveugle, la timidité, etc., ces caractéristiques
sont issues de l'origine animale qui se trouve en nous et conditionne, de fait,
notre comportement.
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