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L'Etre
Essentiel
La "réalité des
réalités", qui est divin essentiel, le plus exalté, est la Réalité de toutes
choses. Il est Un en Lui-même et " unique " de telle sorte que la pluralité ne
peut pénétrer en Lui; mais par Ses multiples révélations et nombreuses
manifestations phénoménales, Il est parfois présenté sous la forme d'entités
substantielles indépendantes - Haqâiq-i Jaultarîya matbû'a - et à d'autres
moments sous la forme d'entités accidentelles et dépendantes -Hàqâiqi arazîya i
tâbi'a. En conséquence, l'Etre Essentiel et Un apparaît comme multiple en raison
des nombreuses qualités de ces substances et accidents, bien qu'en fait Il est "
Un " et n'est en aucune manière susceptible de multiplicité ou de pluralité.
Supprime les mots
"ceci" et "cela"; la qualité implique la différence et l'hostilité. Dans tout
cet univers plein de beauté et sans imperfection, ne voie qu'une seule Essence.
Cette Essence unique sous son aspect absolu, dénuée de tous phénomènes, toutes
limitations, toute multiplicité, est la " Réalité ". Par ailleurs, la
multiplicité par laquelle Dieu Se manifeste quand Il se revêt des phénomènes,
fait qu'Il est tout l'univers créé. C'est pourquoi l'univers est l'expression
extérieure et visible de la " Réalité ", et la " Réalité " est la réalité
intérieure et invisible de l'univers. Avant d'être manifesté à la vue
extérieure, l'univers était identique à la " Réalité "; et la " Réalité ", après
cette manifestation, est identique à l'univers. Bien plus : il n'y a, en
réalité, qu'un Seul être réel; son occultation et Sa manifestation, Son
antériorité et Sa postériorité, ne sont que Ses relations et Ses aspects. "
Il est le Premier et le Dernier, l'Extérieur et l'intérieur " (Coran, LVII,
3).
L'univers, avec
toutes ses parties, n'est rien d'autre qu'un certain nombre d'accidents,
changeant sans cesse et étant renouvelés à chaque souffle, et reliés en une
substance unique, et disparaissant à chaque instant pour être remplacés par une
série semblable. C'est à cause de cette rapide succession que le spectateur est
amené faussement à croire que l'univers possède une existence permanente. Les 'asharites
[15]
eux-mêmes le reconnaissent lorsqu'ils expliquent que la succession d'accidents
dans leurs substances implique une substitution continue d'accidents, de telle
manière que le! substances ne sont jamais laissées totalement dénuées
d'accidents semblables à ceux qui les ont précédés. En conséquence de quoi, le
spectateur est conduit à croire, de façon erronée, que l'univers est quelque
chose de constant et d'unique.
L'océan ne
diminue ni ne s'accroît.
Bien que les
vagues à jamais s'enflent et s'écoulent ;
l'être de ce
monde est une vague qui ne dure qu'un moment ;
l'instant suivant
elle doit disparaître.
Dans le monde,
les hommes doués de compréhension peuvent discerner
un fleuve dont
les courants tournoient, bondissent, bouillonnent.
et de la force à
l'oeuvre dans le flot
peuvent apprendre
l'opération cachée de la " Vérité "...
Les philosophes
dépourvus de raison considèrent
que ce monde
n'est qu'une idée dans l'esprit ;
c'est une idée,
il est vrai, mais ils ne savent pas voir
le Grand
Idéaliste qui Se tient au-delà...
Les formes qui
revêtent l'existence ne durent
qu'un moment,
puis s'évanouissent l'instant d'après ;
Le point subtil
est prouvé par la parole :
" Il crée
chaque jour quelque chose de nouveau. " (Coran, LV, 29)
La clé de ce
mystère est que la Majesté de la " Vérité "sublime possède des" noms " opposés
les uns aux autres, dont les uns sont magnifiques et d'autres terribles
[16];
et ces noms sont tous en opération continuelle, et nulle cessation de cette
opération n'est possible pour aucun d'entre eux. Ainsi, quand l'une des
substances contingentes, grâce à la conjoncture des conditions requises, et
l'absence de conditions adverses, devient capable de recevoir l'Etre Même, la
miséricorde du Miséricordieux en prend possession, et l'Etre Même y est infusé -
ifâzat -; et l'Etre Même, ainsi extériorisé, par le fait d'être revêtu des
effets et des propriétés de telles substances, Se présente sous la forme d'un
phénomène particulier, et Se révèle sous l'aspect de ce phénomène. Ensuite, par
l'opération de la terrible omnipotence qui exige l'annihilation de tous les
phénomènes et de toute apparence de multiplicité, cette même substance est
dépouillée de ces phénomènes. Au moment même où elle est ainsi dépouillée, cette
substance est revêtue d'un autre phénomène particulier, ressemblant au
précédent, par l'opération de la miséricorde du Miséricordieux.
Le moment
suivant, ce dernier phénomène est annihilé par l'opération de la terrible
omnipotence, et un autre phénomène est constitué par la miséricorde du
Miséricordieux ; et ainsi de suite, aussi longtemps que Dieu le veut. Ainsi, il
n'arrive jamais que l'Etre Même soit révélé pendant deux moments successifs sous
l'aspect du même phénomène. A chaque instant, un univers est annihilé et un
autre semblable à lui le remplace. Mais celui qui est aveuglé par ces voiles, à
savoir la succession incessante de phénomènes semblables et de conditions
analogues, croit que l'univers verdure dans un état unique et identique, et ne
change jamais.
Le Dieu sublime
dont la générosité, la miséricorde, la grâce et la bonté embrassent le monde
entier, à chaque instant réduit un monde à néant et façonne un autre semblable à
sa place.
Tous les dons
proviennent de Dieu, cependant, des dons particuliers proviennent de " noms "
distincts ; à chaque souffle, un " nom " annihile, et un autre crée à nouveau
toutes les choses visibles.
La meuve que
l'univers n'est rien de plus qu'une combinaison d'accidents unis en une seule
essence, à savoir, la " Réalité " - haqq - ou l'Etre Même, réside en ce fait
que, lorsqu'on en vient à définir la nature des choses qui existent, ces
définitions n'impliquent rien d'autre que des " accidents ".
Par exemple,
quand on définit l'homme comme " un animal raisonnable ", et l'animal comme et
un corps susceptible de croissance et de sensation, doué de la faculté de
mouvement volontaire ", et le corps comme et une substance douée de trois
dimensions ", et la substance comme une " entité qui existe per se et n'est pas
inhérente à un autre sujet ", et l'entité comme et une essence douée de réalité
et de l'existence nécessaire ", - tous les termes utilisés dans ces définitions
se rangent dans la catégorie des " accidents ", à l'exception de cette essence
vague que l'on peut discerner au-delà de ces termes... Cette essence vague est,
en fait, la " Réalité ", l'Etre Même, qui existe par Soi et fait exister tous
les accidents... Et dire qu'il existe une autre entité substantielle autre que
l'Etre Unique Essentiel, c'est le comble de l'erreur; d'autant plus que
l'intuition spirituelle des hommes qui connaissent la vérité, qu'ils empruntent
à la lampe de la prophétie, atteste le contraire
[17].
Djâmî
L'Essence de
Dieu
Nul ne peut, par
lui-même, connaître Dieu; l'Essence de Dieu ne peut être connue que grâce à
Lui-même. La raison te guidera, mais seulement jusqu'à Sa porte. Sa grâce est
celle qui t'amènera auprès de Lui.
Dans le chemin
vers Sa transcendance absolue, la connaissance de ta propre nature te suffira
pour connaître Son Essence.
La raison a fait
de son mieux, mais elle n'a pas pu poursuivre son chemin, elle a fini par avouer
que connaître Dieu, c'est précisément être impuissant à Le connaître. Comment
pourrais-tu pousser la raison à Le rechercher ? Comment ce qui est contingent
pourrait-il parler de l'Eternel ? C'est seulement à travers son âme et ses sens
vicieux que le contingent parle de l'Eternel. Ne prends pas la raison comme
guide pour aller vers Lui, obstiné dans l'erreur, comme les autres, ne commets
pas une telle sottise. L'étonnement est la " fin " des efforts de la raison sur
Son chemin. Dans le collyre qui L'a fait reconnaître, la raison était ignorante
de Sa divinité.
... Sa main (de
Dieu) est la puissance, Sa face, l'Eternité.
Sa venue est Sa
sagesse. La descente, Son don. Ses deux pieds sont la majesté de Sa domination
et de Sa dignité.
Ses deux doigts,
l'exécution de Son décret... Par rapport à Son existence, fraternité est
l'avant-hier, elle est venue à la première aube, mais il était déjà tard pour
elle ! Comment pourrait-il y avoir pour Lui une place, fût-elle grande ou petite
? Car la place elle-même n'a pas de place. Quel intérêt pourrait présenter le
lieu pour le Créateur du lieu ? Le Ciel, pour Celui qui a créé le ciel ? O toi
qui es esclave de la forme et du dessin, prisonnier de " Il S'assit en majesté
sur le trône ", la forme n'est pas séparée de ce qui est contingent et ne peut
pas convenir à l'Eternel
[18]
".
Sanâ'î
L'Etre de
l'univers
L'Essence de Dieu
et Son être sont Un; Son Etre et l'être de l'univers sont un ; l'être de
l'univers et l'univers sont un, à l'instar de la lumière, qui change de nom mais
non de réalité : pour la perception extérieure, elle est une, et pour l'oeil de
la perception intérieure, elle est une aussi. Ainsi est l'être de l'univers, en
relation avec l'Etre de Dieu - il est un -, car l'univers considéré
indépendamment n'existe pas. Son existence extérieure n'est qu'apparence, et
non réalité. Ainsi, l'image dans le miroir, bien que possédant une forme, ne
possède pas une véritable existence
[19].
Hamzah
Fansûri
15. Les
théologiens les plus orthodoxes de l'Islam.
16. Par
exemple, les attributs divins de iambes la beauté, et jalâl, la majesté
lumineuse.
17. Djâmî :
Lawâih. traduction anglaise de Whinfield et Kazwînî, Londres. 1906, Oriental
translation fond, p. 42 et suiv.
18. Sanâ'î :
Hadîqat ul-Haqîqa, traduction de labre, dans Le poète persan Sanâ'î, Paris,
1973, thèse ronéotyper, p. 62-64.
19. Hamzah
Fansûrî : Asrâr ul-Azrifîn, traduction anglaise de Syed Naguib al-Attas, Some
aspects of Sufism as understood and practised amont the Malays, Singapore, 1963,
Malaysian Sociological Research Instituts éd.
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