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Soufisme

Le symbolisme de la danse

 

 

Les maîtres soufis considèrent que l'être a la forme d'un cercle. Supposons que l'Essence de l'Unique est un point, tandis que le monde et l'homme peuvent être comparés au cercle produit par (le mouvement) de ce point : « C'est une ligne, du début à la fin, c'est le long d'elle que les créatures voyagent. » Shabestarî, Golshan-e-râz, v. 16.

Elle constitue comme la circonférence d'un cercle ; à la droite du point se trouve le monde extérieur, à sa gauche le monde intérieur ; le point qui se trouve juste en face de lui est appelé le « degré de l'homme ». Le monde et l'homme doivent leur apparition à la manifestation du point de l'essence et se meuvent le long du cercle de l'existence. Selon « De même que Nous l'avons créé une première fois. Nous le ferons revenir » (Qor'ân, XXI, 104), ils font leur apparition sur la scène et la quittent pour revenir vers le point ; conformément à « Toute chose revient à son point de départ » et à « Vers Lui est le progrès » (Qor'ân, XL, 3 ; V, 18), ils rejoignent leur point de départ : « Les choses revinrent à leur origine tout devint la même chose, le caché et l'apparent. »

Bien que le monde entier et l'homme voyagent le long de ce cercle imaginaire, tout le monde ne connaît pas cette origine et ce retour. Entre tous, ce sont les prophètes, les amis (de Dieu) et les gnostiques qui connaissent parfaitement cette origine et ce retour. Mais même parmi eux, il y a deux groupes. Le premier comprend ceux dont l'esprit, après avoir quitté le point essentiel, a parcouru tant d'étapes avant de revêtir la nature humaine que, même avant de devenir hommes, ils savaient ces choses, Le hadîth : « J'étais prophète quand Adam se trouvait encore entre la terre et l'argile » proclame cet état de chose.

Le seconde groupe comprend ceux dont l'esprit, après s'être séparé de l'origine véritable – mabdâ'-i haqîqî – et après avoir parcouru des étapes, ne les sait pas avant d'avoir revêtu la nature humaine ; et c'est seulement après avoir atteint le monde humain qu'ils apprennent qu'ils se sont manifestés à partir de cette origine, qu'ils sont venus dans le monde humain, qu'ils n'y resteront pas et reviendront à leur origine. Ils « voyagent » munis de cette science et parcourent tout d'abord intérieurement les degrés du cœur et de l'esprit pour finir par retrouver leur origine véritable. Lorsqu'ils retrouvent ce mystère, Dieu Très-Haut Se révèle à eux sous le nom de la Paix ; par la langue de ce Nom, Il les salue en disant : « Paix sur vous, ô serviteurs ! J'ai affermi vos connaissances contre les incertitudes et amené votre entendement à son sommet. »

A ce moment, ils apprennent que leur science est reliée à l'origine véritable, et se trouvent libérés d'incertitude et de doute. L'épiphanie du nom de la Paix – salâm – a fait que leur science a atteint avec sécurité – salâmat – ce degré. C'est ainsi que ce degré s'appelle « science certaine » – ilm al-yaqîn. Dieu Très-Haut leur confère ensuite la lumière de la vision et de la contemplation et leur fait atteindre l'étape de l'  « expérience certaine » – ‘ayn al-yaqîn. Ils savent alors comment, après avoir fait son apparition dans l'origine véritable, leur esprit a parcouru les étapes d'intellects, d'esprits, de cieux et d'éléments et est arrivé au degré de l'homme, ce que certains prophètes et certains amis (de Dieu) savaient déjà avant de pénétrer dans le corps.

Tout comme ces derniers, ils voient maintenant, dans ce tour, tous les degrés avec « expérience certaine ». Après avoir parcouru toutes les étapes du cœur et de l'esprit qu'il faut pour parvenir du degré humain à l'origine véritable, ils s'unissent avec cette dernière avec « expérience certaine ». Dieu leur apprend de nouveau l'influence et l'épiphanie de Nom de la paix et évoque l'ordre de ce Nom propre à chaque degré. Le sheikh Sadr ud-Dîn dit en expliquant ce nom : « Chaque degré a part à ce Nom » Il les salue également de ce Nom et dit : « Paix sur vous, mes serviteurs ! Votre certitude est préservée des doutes et des ténèbres de l'associationnisme secret. Vous avez contemplé les degrés et les vérités telles qu'elles sont avec les yeux de votre certitude. Sachez que cette sécurité – salâmat – vous vient de la Paix que Je vous envoie. »

Il leur confère ensuite la lumière de la « vérité certaine » – haqq al-yaqîn – ; avec cette lumière, ils voyagent le long du cercle qui s'étend entre le début de cette existence et sa fin. Lorsque leur voyage les a amenés à l'origine véritable, ils voient que l'origine est l'essence du retour, la fin l'essence du commencement et l'intérieur l'essence de l'extérieur, savent ce que fut le degré du « Il fut à deux arcs ou moins » – qâba qausain – (Qor'ân, LIII, 9) et accomplissent l'ascension véritable. A ce degré également, Dieu Très-Haut Se révèle à eux sous le nom de la Paix et dit : «  Mes serviteurs, vous êtes libérés de tout ce qui vous attachait à l'être et de tout lien ; grâce à Ma Paix que Je vous ai envoyée, vous avez atteint la sécurité de l'expérience. Regardez donc avec le regard de la « vérité certaine » : vous voyez le point, le cercle, le tour et la circonférence. En les contemplant, vous voyez que l'essence du point, du cercle, du tour et de la circonférence est unique ; elle voyage et tourne en eux, tout comme un point qui tourne le long d'une ligne imaginaire », ainsi que le dit l'auteur de la Roseraie des mystères (Shabestarî, v. 15)

« Tout ce qui est l'apparence d'autre (que Dieu) est le produit de ton imagination. Ce n'est qu'un cercle qui tourne avec une grande vitesse. »

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet ; si nous entrions dans les détails, les mystères et les paroles n'auraient pas de fin. Mais cette préface a un but, allons vers lui !

Ce but est que, voulant rendre compréhensibles aux novices les cycles et les mystères mentionnés, les sheikhs les ont comparés à des choses sensibles que l'on peut trouver en ce monde-ci, afin que les choses spirituelles puissent être révélées par analogie. Un tel a ainsi comparé l'essence Unique à un point qui tourne avec une grande vitesse et apparaît ainsi sous l'apparence d'un cercle.

Mais ce cercle est imaginaire et n'existe pas ; ce qui apparaît comme un cercle est un point : « L'Essence divine se répandit : les êtres sont en Elle. » D'autres posent également un point ; après avoir tracé un cercle, ce point est ramené par eux au point de départ. A la droite de ce point, ils placent le monde extérieur, à sa gauche le monde intérieur ; c'est sur cette figure qu'ils exposent les mystères, comme s'il s'agissait d'une circonférence du cercle.

 Mais notre Maître Vénérable, notre Guide dans ce monde et dans l'autre, notre soleil brillant, la Lumière de nos pensées expose ses mystères sur les cérémonies qu'Il a instituées. Ainsi, le sheikh qui arrive à sa place et y reste est semblable au Point des origines de l'Etre. Les derviches qui se trouvent à sa gauche, qui symbolise le monde intérieur, sont comparables aux esprits séparés qui sont prêts à apparaître. Ils arrivent de ce coté, en silence et sans faire de mouvements, s'approchent du sheikh qui représente le Point des origines de l'Etre, lui rendent hommage en plaçant leurs mains sur leur poitrine et demandent en langage inspiré sa permission de s'en aller vers le coté droit et d'y tourner autour du centre de leur être, chacun selon ses aptitudes propres.

Lieutenant de Dieu, le sheikh leur ordonne en langage su mystère : « Nous avons entendu ton ordre et nous lui avons obéi : nous avons commencé à tourner autour de nos archétypes et à agir au service du centre de notre être, ce qui est la manière dont toutes les classes agissent » ; ils tournent autour du centre de leur être et progressent par degrés et parcourent la moitié du cercle qui symbolise le monde extérieur pour arriver à l'endroit qui se trouve en face du sheikh et qui symbolise le degré de l'homme. Une des règles de conduite de cette Voie est de ne pas s'arrêter là, mais de continuer à tourner sans interruption. Ils parcourent maintenant le côté gauche du cercle, degré par degré, et arrivent au degré du Point.

Cette fois-ci, le sheikh, qui est lieutenant de Dieu, leur transmet la Paix de Dieu et leur expose le secret du Nom de la Paix en disant : «  La Paix de Dieu sur vous, ô vous qui tournez dans le cercle de l'attachement ! Dieu a préservé votre ouïe et vos intensions de la désobéissance et vous a ramené en sûreté à l'origine véritable. » Si l'on demande : « Il pourrait transmettre la Paix de Dieu à ses serviteurs tout en restant à sa place ; que signifie donc le fait que le sheikh avance vers eux ? » -- Le fait que sheikh avance de quelques pas vers celui qui se trouve en face de lui, après avoir quitté sa place, est une allusion au degré de la descente. « Descente » désigne chez les sheikhs soufis le fait que le serviteur, après s'être dépouillé de son être, descend dans le fanâ', tandis que Dieu Se rapproche de Son serviteur avec paix, miséricorde et bienveillance.

C'est à cela que font allusion les paroles : « Celui qui vient vers moi d'un pied, Je viens vers lui d'une coudée » et également dans le hadîth : « Quand une moitié ou un tiers de la nuit est passé, Dieu descend vers le ciel de ce monde-ci et dit : Y a-t-il quelqu'un qui demande ? Il sera exaucé. » Ainsi, l'amoureux qui a quitté son propre degré et tourne vers la majesté divine et se rapproche du centre de la réalité ; pour Sa part, Dieu Se rapproche de l'amoureux à partir du sommet de Sa puissance et du degré de la transcendance absolue.

A ce sujet, Ibn ul-Farîth dit : « Si, la nuit, tu es devenu unique, tu trouves le matin à la « descente » ce que j'ai dit de mon essence. » C'est-à-dire, « si, sorti du degré de l'homme, tu t'es trouvé unique et isolé et tu es entré en extase, tu peux dire les paroles que j'ai dites de mon essence au degré de la « descente ». C'est ainsi qu'on appelle l'endroit où, après avoir quitté sa place, le sheikh prononce le salut, le « degré de la descente ». Ce degré atteint, et le premier tour terminé, on commence le second tour, afin que la forme corresponde au contenu qui a été exposé plus haut. Dans ce second tour, on acquiert plus de chaleur, de ferveur, d'extase, d'émotion et de découvertes mystiques que dans le premier, car la majorité des participants ont atteint le degré de l' « expérience certaine ».

Dans ce tour également, lorsque cet état arrive à son sommet, le sheikh, lieutenant de Dieu, leur envoie la Paix de Dieu conforme à cet état de choses et leur expose ses mystères et ses particularités en disant : « La Paix de Dieu sur vous, ô vous qui voyagez dans la voie de l'amour et de l'amitié. La cire fut enlevée de l'œil de votre vision et vous voyez les mystères du tour et le centre véritable. »

Après ce salut, ils commencent le troisième tour. Dans ce tour, ils jouissent de l'absorption en Dieu selon leurs degrés et leurs aptitudes. Pour la majorité, le mystère du « Où que vous vous tournez, là est le Visage de Dieu » (Qor'ân, II, 115) se dévoile avec « vérité certaine » ; pour quelques-uns, avec « science certaine ». Ce tour également terminé, le sheikh s'empresse de faire le salut ; arrivé à l'endroit qui symbolise le « degré de la descente », il leur envoie la paix pour la troisième fois : « La Paix de Dieu sur vous, ô amants et gnostiques ! Vos tours sont terminés et vos mystères sont arrivés à la maturité. Dieu vous a fait parvenir en pureté à la réalité de la certitude et de la contemplation du Seigneur des mondes ! »

Tel est le mystère du triple tour et du triple salut qui termine chaque tour.