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Soufisme

Le concert spirituel / samâ'

 

 

« Dans les cadences de la musique est caché un secret ; si je le révélais, il bouleverserait le monde », disait Djalâl ud-Dîn Rûmî fondateur au 13 e siècle de la confrérie des Mawlavîs (connus en Occident sous le nom de « derviches-tourneurs » en raison de la danse caractéristaique de leur ordre). Et il ajoutait, en parlant du rebab : « ce n'est que corde sèche, bois sec, peau sèche, mais il en sort la voix de Bien-Aimé. »

C'est au pacte prééternel entre Dieu et la race adamique que les soufis rattachent la signification profonde du samâ'. On demandait un jour au grand maître Junayd pourquoi les soufis s'agitaient en extase pendant l'audition de la musique : « Quand Dieu, répondit-il, a interrogé les germes, lors du pacte primordial, dans les reins d'Adam, en leur disant : « Ne suis-Je point votre Seigneur ? », une douceur s'est implantée dans les âmes. Quand elles entendent la musique, ce souvenir se réveille et les agite. » C'est donc en tant que moyen de connaissance illuminative, parce que de « reconnaissance », de réminiscence au sens platonicien, que se justifie le concert spirituel. Le but doit toujours être, non pas le délice d'écouter de suaves mélodies, mais de « saisir une allusion divine », comme le dit Hallâj ; la musique est éveil de l'âme, elle abolit la durée, car elle la fait se souvenir. C'est ainsi que Abû ‘Uthmân al-Hîrî note que « les influences du monde invisible, audibles aussi bien que visibles, produisent un effet puissant sur le cœur quand elles sont en harmonie avec lui, c'est-à-dire quand le cœur est pur. »

Le samâ' est un véritable office liturgique, participation mystique et mise au diapason d'un cosmos sacralisé où toutes choses célèbrent les louanges de Dieu. Et lorsque, dans la danse des Mawlavîs, les derviches, au son de la flûte de roseau (le ney) s'élancent en tourbillonnant, c'est la ronde vertigineuse des planètes, de même que tout ce qui se meut dans la nature, qu'ils veulent symboliser. Le maître de leur confrérie voyait l'univers tout entier s'associer à leur joie triomphale : « Je vois… les eaux qui jaillissent de leurs sources… les branches des arbres qui dansent comme des pénitents, les feuilles qui battent des mains comme des ménestrels. »

les soufis semblent utiliser indifféremment des termes ressortissant au domaine de la psychologie et à celui de la musique. En vertu d'une conception du monde fondée sur les correspondances entre macrocosme et microcosme, le vocabulaire musical va être utilisé à différents niveaux, le même terme – le « maqâm », par exemple – désignant tantôt un état ou degré de l'être, tantôt un développement mélodique. De même que l'on parle « d'échelle » musicale, les penseurs musulmans auront constamment recours à cette même image pour figurer l'ascension de tout le créé ; et lorsqu'un philosophe moderne comme Mohammad Iqbal commente cette notion ontologique, c'est à un symbolisme musical qu'il a spontanément recours : « la réalité, écrit-il, est donc essentiellement esprit. Mais bien entendu, il existe des degrés dans l'esprit. A travers la gamme tout entière de l'être s'élève la note du « Je » qui s'élève peu à peu jusqu'à ce qu'elle atteigne sa perfection dans l'homme ».

la musique instrumentale sera donc utilisée comme auxiliaire de la vie spirituelle. Quant à la voix, on sait le rôle immense de la psalmodie qui constitue une véritable science, le tajwîd, obéissant à des règles précises. Au-delà de l'art ou de la technique elle a pour but de transformer l'homme tout entier en un instrument de musique, témoignant de la foi en l'Unique. Elle est aussi, comme le samâ', un chemin menant vers Dieu.