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Un
grand nombre de personnes ne comprennent pas le rapport qui
existe entre le soufisme et l’Islam. Ils font tout naturellement
une différence, allant même jusqu’à séparer l’Islam du soufisme.
On rencontre ainsi des savants, des érudits issus de grandes
universités au renom prestigieux qui font une telle distinction!
On les considère pourtant comme des maîtres en matière de
religion. Mais leur savoir ou leur instruction ne paraît être
qu’un simple vernis. Leur connaissance sur l’Islam reste
superficielle En revanche, nous rencontrons des personnes de
moindre instruction, ou pas instruites du tout, qui ne verront
qu’une seule et même chose dans ces deux appellations. Ce sont
ces dernières qui vivent l’Islam dans toute sa profondeur.
La religion musulmane repose sur trois piliers : l’islam,
l’imân et l’ihsân. Certains musulmans s’arrêtent au premier
pilier : l’islam. D’autres pratiquent l’islam et l’imân. Très
peu, en revanche, pratiquent l’islam, l’imân et l’ihsân.
Certains musulmans, s’arrêtant à l’islam, croient pratiquer la
religion dans son ensemble, mais le Coran les dénonce par ce
verset:
" Les bédouins disent : « Nous croyons ! » Dis : «Vous ne
croyez pas, mais dites plutôt : “nous nous soumettons”... La foi
n’est pas entrée dans votre coeur. » ( Coran, sourate 49, verset
14) " Dieu connaît le contenu des coeurs.
(Coran, sourate 5, verset 7)"
Notre propos, ici, n’est pas d’apporter des critiques
stériles, mais de rétablir la vérité sur la question de l’Islam
et du soufisme. L’islam est l’un des trois degrés cités
ci-dessus sur lesquels s’appuie la religion. Pour expliquer
cela, prenons l’image d’une orange. Elle est composée de chair,
de pulpe et de pépins. L’islam est la peau ; l’imân, les pépins
et l’ihsân, la pulpe. La peau et les pépins ont un goût
particulier. Or, nous savons tous que le goût véritable se
trouve dans la pulpe. Si quelqu’un mange l’orange avec la peau,
il la trouvera amère et âpre. La faiblesse de cette personne
vient du fait qu’elle est incapable de reconnaître le goût réel
du fruit, car elle le mange sans l’éplucher, comme le ferait un
enfant. C’est seulement en trouvant un initié connaissant le
fruit pour l’avoir goûté qu’il apprendra la meilleure manière de
manger ce fruit.
C’est l’exemple même du croyant qui pratique sa religion
tout en méconnaissant sa profondeur. Un prophète ou un maître
spirituel (morchid) est semblable au marchand de fruits.
Celui-ci les vend avec leur peau, tels qu’il les reçoit. C’est
au client de demander comment les manger. Le marchand lui
explique alors la méthode.
Les gens qui distinguent le soufisme de l’Islam sont
identiques â ceux qui achètent des fruits sans prendre conseil
auprès du marchand. Leur orgueil les empêche de demander conseil
auprès des savants de la religion et ceci est encore plus vrai
chez les gens instruits
S’ils voulaient s’abaisser devant le Créateur et Lu
demander humblement de les guider vers un maître pur et sincère
qui saurait les diriger dans la profondeur de l’Islam, Allah
leur ferait connaître ce guide, car Il exauce toujours la prière
de celui qui L’invoque. Comme il est dit dans le Coran :
"Quand mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet ; Je réponds à
l’appel de celui qui M’invoque, quand il M’invoque. Qu’ils
répondent donc à Mon appel, qu’ils croient en Moi. Peut-être
seront-ils bien dirigés." Coran, sourate 2, verset 186.
Un jour, alors que le prophète Mohammed méditait, l’Esprit divin
envahit son être. De ces instants, il recueillit un enseignement
immense et unique. Tout ce qu’il apprit sur la religion et sur
Dieu fut considérable, ainsi que sur toutes les pratiques
pieuses qu’il présenta en trois points comme suit: "Dieu m’a
demandé de faire connaître au monde la première partie traitant
de la Loi de la Religion: la Chari’a."
La deuxième partie, la Haqiqa, Il m’a demandé de la taire
aux communs. Enfin Il m’a laissé le choix de la taire ou
de la révéler à ceux qui en étaient dignes. Cette partie
concerne les sciences ésotériques.
Pour bien comprendre, rapportons-nous aux paroles des
compagnons du Prophète (SSP) et méditons-les avec honnêteté de
coeur et d’esprit. Certes, ils étaient tous purs, sincères,
sains de corps et d’esprit, et reçurent chacun la force
nécessaire qui les rendit proches de Dieu et du Prophète. Pour
prouver la lucidité de leur état d’âme, écoutez le récit
suivant:
Un
jour, alors que les quatre khalifes, assis face à face,
traitaient de la Sublime Présence dans l’univers. Sidna Abou
Bakr dit : “Chaque fois que je regarde une chose, je vois Dieu
avant cette chose.” Sidna ‘Omar dit : “Moi, je vois la chose et
Dieu après.” Sidna Othmane, le troisième dit “Chaque fois que je
vois une chose, je vois Dieu dans cette chose.” Sidna ‘Ali, le
quatrième khalife, répondit : “Lorsque je regarde la chose, je
vois mon Dieu.” C’est à dire, ni avant, ni après, ni dedans.
Si nous voulons être équitables, reconnaissons que nous ne
pouvons trouver de preuve plus vraie autre que celle contenue
dans les paroles des quatre khalifes. Parmi les compagnons du
Prophète, les quatre khalifes ne furent pas les seuls à goûter à
la Réalité divine.
D’autres firent des déclarations similaires. Citons en exemple
Sidna Selman Al Farissi (le Persan), qui nous révéla ceci: J’ai
appris de mon ami Mohammed (SSP) deux sortes de connaissances.
L’une, je l’ai diffusée à tous ceux qui désiraient la recevoir.
L’autre, si je la divulguais, tous les gens diraient : "Qu’Allah
répande Sa Miséricorde sur celui qui exécutera cet homme !"
Il ressort de ce récit que les hommes ne sont pas tous aptes
à vivre la religion dans toute sa profondeur.
Si nous comparons la religion à un arbre, nous trouvons le
tronc (bois) avec ses branches, ses feuilles, ses fruits. Il y a
également ce que nous ne voyons pas la sève qui fait vivre le
tronc et mûrir les fruits. Le passant voit en l’arbre le tronc
et les fruits, mais il ne voit pas la sève. Pour cela, il
faudrait qu’il entaille l’arbre, comme cela se pratique pour
extraire la résine du pin.
Le naïf s’arrête à l’extérieur des choses sans se soucier
de ce qui leur donne forme, vie, impulsion. Les personnes
voulant aller au fond des choses et cherchant à connaître la
religion en profondeur ne sont pas nombreuses. Elles ne sont pas
de celles qui auraient tiré le sabre pour couper la tête de
Sidna Selman Al Farissi lorsqu’il voulut divulguer les secrets
de l’existence. Si
Sidna Mohammed ne lui avait pas dévoilé ces secrets, il n’aurait
jamais goûté à l’âme de la religion.
Nous réaliserons, avec raison, que le Prophète (SSP) ne
nous a jamais rien enseigné qui incite au mal ou qui nous fasse
mal. Il ne nous a enseigné que le Bien. En nous fondant sur
cette croyance, nous devons accepter tout ce que nous dit le
Prophète (que Dieu le bénisse), que ce soit sa parole ou celle
de ses khalifats. Ces derniers, avant de connaître le Prophète,
étaient des êtres comme tout le monde. Cela nous amène à
comparer le Prophète ou le Morchid à un médecin qui soigne ses
malades. Ceux qui souffrent d’un mal quelconque doivent accepter
le médicament prescrit par le médecin, qu’il soit mauvais ou
trop fort en goût. Si l’opération s’avère nécessaire et si l’on
veut guérir, on doit en accepter l’idée. L’intention du médecin,
n’est pas de faire mal au patient, mais de le soulager et de le
guérir.
C’est sa raison d’être. Nous devons reconnaître que le médecin
est notre ami. Si nous ne le considérons pas comme notre grand
ami, il n’est pas nécessaire de le consulter.
Il
y a des gens qui se soignent à l’aide de livres de médecine. Ils
se prescrivent eux-mêmes des drogues pour des maux dont ils
pensent être atteints, ils se font plus de mal que de bien. Ceux
qui vont chercher le soufisme dans les livres sans rencontrer le
Morchid n’aboutiront à rien si ce n’est à se faire du mal, à
l’instar de celui qui se soigne en consultant un livre et
néglige le médecin.
Suivez mon conseil, mes sœurs, mes frères, allez chez le
médecin et laissez le livre à ceux qui veulent le lire, Il n’est
réservé qu’à ceux qui cherchent à se soigner eux-mêmes.
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