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Soufisme

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La prière (...suite)

 

Prière du Prophète

O mon Dieu! Mets une lumière dans mon cœur, une lumière dans mon tombeau,

une lumière dans mon ouïe, une lumière dans ma vue, une lumière dans mes cheveux,

une lumière dans ma peau, une lumière dans ma chair, une lumière dans mon sang,

une lumière dans mes os, une lumière devant moi, une lumière derrière moi,

une lumière sous moi, une lumière au-dessus de moi, une lumière à ma droite et une lumière à ma gauche.

O mon Dieu! Accrois ma lumière, donne-moi une lumière, fais-moi lumière, ô lumière de la lumière, par Ta miséricorde, ô Miséricordieux!

 

 

 

Prière de 'Ali

'Ali ibn Abî Tâlib, cousin et gendre du Prophète.

Gloires soient rendues à mon Seigneur, Lui l'Adorable, le seul à adorer, mon Seigneur, l'Éternel, existant à jamais qui nous aime, Celui dont la clémence et la puissance embrassent l'univers, le Régulateur des mondes, la Lumière de la Création. A Lui va notre adoration, à Lui appartient toute adoration. Il existait avant toute chose et existera après que tout ce qui vit aura cessé de vivre. Tu es l'Adoré, mon Seigneur, Tu es le Maître qui aime et qui pardonne. Ton pardon et Ta miséricorde sont infinies, ô mon Seigneur; Tu es l'aide de l'affligé, le Consolateur de toute détresse, le Refuge de celui dont le cœur est brisé... Tu es l'Ami du pauvre et de l'endetté. O mon Seigneur, Tu es le Créateur, je ne suis que ta créature; Tu es mon Souverain, je ne suis que Ton serviteur; Tu es Celui qui aide, et moi celui qui supplie. Tu es, ô mon Seigneur, mon Refuge; Tu es Celui qui pardonne, et moi le pécheur; Tu es le Miséricordieux, qui sait tout, qui aime tout; je cherche à tâtons dans l'obscurité; je cherche Ta connaissance et Ton amour. Accorde-moi, mon Seigneur, Ta connaissance, Ton amour et Ta pitié; pardonne-moi mes péchés, mon Seigneur, et laisse-moi T'approcher.

  

L'appel à la prière

Sufyân Thaurî, célèbre théologien et ascète du 2e siècle l'hégire, a dit : « Dieu fait souffler à l'aube un vent que chargent les appels et les demandes adressées au Seigneur Tout-Puissant ». Il a dit aussi : « A la tombée de la nuit, un héraut crie au pied du trône divin : « Debout, adorateurs de Dieu ! » Ils se lèvent et rendent grâces. Puis un autre héraut appelle au milieu de la nuit : « Ames pieuses, éveillez-vous! » Ils se lèvent et prient jusqu'au point du jour. A l'aube, un héraut appelle à nouveau : « Vous qui avez à implorer pardon, debout! » Ils se lèvent et implorent le pardon de Dieu. Au lever du soleil, un dernier héraut appelle : « Hommes légers, debout ! » Ils se lèvent de leurs lits, tels les morts ressuscités de leurs tombes.

Une colombe a gémi, dans la nuit, sur une branche. Je dormais.  Mon Dieu! Mon Dieu! Mon amour est un menteur :

sur un véritable amour, elle n'eût pas pris d'avance...

Je suis l'amant au cœur sec, mais elle verse des pleurs ! »

    Sufyân Thawrî

 

L'âme de la prière

Quelqu'un demanda (au maître Djalâl ud-Dîn Rûmî) : « Existe-t-il un chemin plus court que la prière pour approcher de Dieu ? » Il répondit : « Encore la prière. Mais la prière n'est pas seulement cette forme extérieure. Ceci est le « corps » de la prière, parce que la prière formelle comporte un commencement et une fin, et chaque chose qui implique commencement et fin est un corps. Le takbîr 7 est le début de la prière, et le salâm 8 sa fin. De même, la profession de foi — shahâda — n'est pas seulement ce que l'on dit avec les lèvres : car la shahâda a un commencement et une fin, et tout ce qui est exprimé par des lettres et des sons et qui a un commencement et une fin est une forme et un corps. Mais l'âme de la prière est inconditionnée et infinie, elle n'a ni commencement, ni fin. Enfin, ce sont seulement les prophètes (sur eux le salut!) qui ont apporté la prière, et le Prophète, qui nous l'a enseignée, a dit : « J'ai des moments avec Dieu auxquels ni un prophète envoyé, ni un ange proche de Dieu ne peuvent atteindre. » Donc, l'âme de la prière n'est pas seulement sa forme : elle prépare à l'absorption en Dieu et à la perte de conscience. Aussi toutes les formes demeurent-elles au-dehors. Il n'y a plus de place dans l'âme, alors, même pour Gabriel qui est un pur esprit9.                                                                                                                         

                                            Rûmî

 

 

Prière de Râbi'a al-'Adawiya 

O mon Dieu, tout ce que Tu m'as réservé en fait de choses terrestres, donne-les à Tes ennemis; et tout ce que Tu m'as réservé dans le monde à venir, donne-le à Tes amis; car Tu me suffis.

O mon Dieu, si je T'adore par crainte de l'enfer, brûle-moi en enfer, et si je T'adore par espoir du paradis, exclue-moi du paradis; mais si je T'adore uniquement pour Toi-même, ne me prive pas de Ta beauté éternelle.

O mon Dieu, ma seule occupation et tout mon désir en ce monde, de toutes les choses créées, c'est de me souvenir de Toi, et dans le monde à venir, de toutes les choses du monde à venir, c'est de Te rencontrer. Il en est pour moi ainsi que je l'ai dit ; mais Toi, fais tout ce que Tu veux.

Râbi'a bint Ismâil al-'Adawiya

 

 

Prière d'Ibn Mashîsh

'Abdessalâm ibn Mashîsh fut le maître d'Abû al-Hasan ash-Shâdhilî, fondateur d'une importante tarîqa, populaire en Afrique du Nord.

O Dieu, bénis celui de qui dérivent les secrets spirituels, de qui jaillissent les lumières, en qui s'unissent les vérités, et en qui furent déposées les sciences d'Adam, de sorte qu'il rendit les créatures impuissantes : les intelligences errent a son égard, et aucun de nous ne le comprit, ni ses devanciers, m ses suivants. Les jardins des mondes célestes — malakût   sont fleuris par sa beauté. Les réservoirs des mondes supraformels — jabarût — débordent du flux de ses lumières. Il n'y a pas de chose qui ne porte son sceau, car sans le médiateur, tout ce qui dépend de lui disparaîtrait... O Dieu, il est Ton secret qui englobe tout et qui Te démontre, et Ton voile suprême devant Toi entre Tes deux mains. O Dieu, joins-moi à sa parenté, juge-moi selon son compte, et fais-le moi connaître par une connaissance qui me guérisse des influences de l'ignorance et qui m'abreuve des eaux de la grâce. Porte-moi dans sa voie vers Ta présence en me protégeant par Ton secours. Frappe par moi sur la vanité afin que je l'anéantisse 10. Verse-moi dans les mers de l'unité — ahadiya —, et noie-moi dans l'essence de l'océan de la solitude divine,
— wihda —, afin que je voie ni n'entende ni ne trouve ni ne sente que par elle 11.                                                                   

Ibn Mashîsh

 

Invocation

L'homme, dans ce monde aux multiples couleurs, à chaque instant se lamente, comme le luth. Le désir de trouver un ami qui le comprenne le consume et lui inspire un chant qui déchire le cœur. Mais ce monde fait d'eau et d'argile, comment pourrait-on dire qu'il possède un cœur ? L'océan et la terre, la montagne et la brindille, tout est sourd et silencieux; sourds et muets sont le ciel, le soleil et la lune. Bien qu'au firmament il y ait des multitudes d'étoiles, chacune est plus solitaire que l'autre; comme nous, chacune est impuissante et comme nous errante dans l'immensité azurée. C'est comme une caravane qui n'a pas pris suffisamment de provisions pour son voyage : les cieux lui paraissent illimités et les nuits trop longues. Ce monde est-il une proie, dont nous serions les chasseurs ? Ou ne sommes-nous que des prisonniers oubliés ?

A mes gémissements, aucune voix n'a répondu. Où donc l'homme peut-il trouver un ami qui le comprenne ?

J'ai vu que le jour de cet univers qui s'étend dans les autres directions, dont la lumière illumine le palais et la cabane, tire son existence de la révolution d'une planète et ne dure que le temps de dire : il était là, il est parti. Oh! heureux le jour qui n'appartient pas au temps, dont le matin n'a ni midi ni soir, un jour dont la lumière rend l'âme lumineuse, et grâce auquel on peut voir le son comme la couleur! Par son éclat, toutes les choses absentes deviennent présentes; il dure éternellement.

O  Seigneur, fais-moi la grâce d'un tel jour, libère-moi de ce jour sans ardeur!

Ce verset de tasrir 12, pour qui fut-il révélé ? Cette sphère azurée, pour qui donc erre-t-elle ? Celui qui connaît le secret de « Dieu enseigne les noms 13 », qui donc est-il ? Qui a donc été enivré par cet échanson et par cette coupe ? Qui as-Tu choisi entre tous les gens du monde ? Qui as-Tu rendu confident des secrets cachés ? O Toi dont la flèche nous a percé le cœur, qui a dit « Appelle-Moi » et à qui l'a-t-on dit14 ? Ton visage est ma foi et mon Qor'ân ; refuseras-Tu à mon âme une de Tes manifestations ? Par la perte de cent de ses rayons n'est pas diminuée la substance du soleil !

Pour notre époque, la sagesse est comme une chaîne au pied. Où est cette âme impatiente que je possède? Pendant des âges, l'existence tourne autour d'elle-même jusqu'à ce que descende ici-bas une âme impatiente. Si tu ne tourmentes pas cette terre aride, elle ne deviendra pas favorable à la semence du désir. Si de cette terre infertile sort parfois un cœur, considère-le comme une grâce de Dieu! Tu es ma lune : pénètre dans ma nuit obscure, regarde un instant les ténèbres de mon âme! Pourquoi la flamme éviterait-elle les brindilles sèches ? Pourquoi l'éclair craindrait-il de tomber ?

J'ai vécu dans la séparation d'avec Toi : montre-moi l'au-delà de cette voûte azurée; ouvre-moi les portes fermées, fais de la terre la confidente du ciel ! Allume dans mon sein un feu; laisse l'encens et brûle le bois, puis mets-y de nouveau mon encens et répands-en sur le monde la fumée; attise la chaleur de ma coupe, jette un regard sur moi. Nous Te cherchons et Tu es loin de nos yeux ; mais non, nous sommes aveugles, et Tu es présent. Ou bien écarte ce voile du mystère, ou bien enlève-nous cette âme privée de vision. L'arbre de mon esprit désespère de porter des feuilles et des fruits : envoie donc une hache, ou alors la brise du matin. Tu m'as donné la raison, donne-moi aussi la folie, montre-moi la voie de l'extase intérieure. La science demeure dans la pensée; l'amour fait son nid dans le cœur vigilant. Si la science ne bénéficie pas de l'amour, elle n'est qu'un théâtre d'idées; ce spectacle n'est qu'une magie, comme celle de Sâmiri15, la science sans l'Esprit Saint n'est que sorcellerie. Sans la lumière divine, le sage ne trouve pas la voie, et meurt écrasé sous le poids de ses propres imaginations. Sans la lumière de Dieu, la vie n'est que souffrance, la raison insensée, la religion une tyrannie. A ce monde de montagnes et de plaines, de mers et de déserts, nous demandons la vision, il nous répond : « Tradition! » Accorde une halte à ce cœur errant, redonne à la lune la plénitude de son éclat. Bien que de ma terre ne fleurissent que des discours, le langage de la nostalgie n'a jamais de fin! Sous cette voûte céleste, je me sens étranger : d'au-delà du firmament, redis-moi : « En vérité, Je suis tout près de toi16 », afin que, comme le soleil et la lune, s'évanouissent les quatre directions de l'espace, ce nord, ce midi, que j'échappe à cet ensorcellement de l'hier et du demain, et que je dépasse le soleil, la lune et les pléiades !

Tu es la splendeur éternelle et nous, pareils à des étincelles, nous ne durons qu'un ou deux instants, et encore nous sont-ils prêtés! O toi qui ne connais pas la lutte de la mort, de la vie, quel est ce serviteur qui jalouse Dieu ? Esclave impatient, qui conquiert les horizons et qui ne se satisfait ni de présence ni d'absence! Je suis éphémère, rends-moi éternel; je suis de la terre, rends-moi du ciel. Rends-moi ferme dans la parole et dans l'action; les routes sont visibles, accorde-moi d'y marcher. Ce que je dis vient d'un autre monde, ce livre appartient à un autre ciel. Je suis un océan et la torpeur est indigne de moi : où donc est celui qui descendra dans mes profondeurs ? Un monde s'est arrêté sur ma rive, mais sur ces bords, il n'a pu voir que le reflux des vagues. Moi, je désespère des maîtres de l'ancien temps, je parle pour les jours qui viendront17.

                                                            Iqbal

 

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