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Il pardonne et fait miséricorde.
Il a donné l'existence et Il a privé d'existence (a'dama), et Il a mérité qu'on
L'appellc Puissant. Il a fait disparaître les maux de Ses créatures et les a
fait apparaître dans la plénitude de leur nature, et Il a mérité qu'on L'appelle
Seigneur (Rabb). Il a réalisé (ajrâ) les actes de Ses serviteurs selon la
nécessité de ce qu'Il a voulu d'eux, et Il a mérité qu'on L'appelle Dieu (Ilâh).
La Science qu'Il a de nous n'est pas nouvelle quant à la Science qu'Il a dans
l'Eternité (al-qidam), et Il a mérité qu'on L'appelle Savant en toute vérité. Il
n'y a absolument pas d'essence ni d'attributs qui ressemblent à Son Essence et à
Ses Attributs, et il faut dire de Lui : << Rien n'est à Sa ressemblance. >>
Toute chose subsistante (qâ'im)
subsiste par la permanence de Son éternité sans commencement. Tout être vivant a
une vie reçue par Son ordre. Si la raison ('aql) use d'une représentation pour
Sa Toute-puissance, ou si la pensée (fikr) tourne une argumentation au sujet de
Sa Majesté, l'intelligence s'arrête épuisée, et la pensée, exténuée, reste
stupide, tandis que paraît, dans sa splendeur, la proclamation de Sa grandeur (al-ta'zhîm),
et qu'on ne trouve rien pour remplacer la proclamation de Sa Transcendance (al-tanzîh),
que rien n'égale la proclamation de Son Unicité (al-tawhîd), et que s'avancent
les légions de la proclamation de Sa Sainteté (al-taqdîs), frayant le chemin de
la proclamation de Sa Singularité (al-tafrîd) ! Par le manteau de Sa Grandeur Il
a caché aux intelligences la connaissance de la nature de Son Essence, et par la
lumière de Sa Permanence Il a empêché les << regards >> d'atteindre la vérité de
Son Unité (Ahadiyya). Si, à la limite de leur domaine, les sciences des
créatures prennent leur essor à la poursuite d'une information (khabar) (sur
l'Essence divine), ou si, à leur terme ultime, les connaissances des mondes
partent à la recherche d'une trace (athar) (de cette Essence), un éclair de
l'éternité brillera pour elles, étincelant, mais masqué du voile de la
Perfection hors d'atteinte de l'impuissante doctrine de l'analogie (avec les
créatures) (tashbîh), et elles n'en pourront supporter l'éclat, leurs
perceptions seront anéanties ainsi que l'exercice de leurs facultés, dans le
contact des attributs de l'Eternité avec la qualification de la Préexistence,
contact non précédé d'une séparation, ni suivi d'une coupure.
Et devant la Sainteté Sublime se
manifestera une crainte révérencielle (hayba) qui fait mourir les imperfections,
et apparaîtra une singularité (infirâd) qui interdit la multiplicité (ta'addud),
une existence impossible à définir, une majesté incompatible avec la question <<
comment >>, une perfection qui réduit à l'impuissance toute similitude (mithla),
une nature qui exige l'unicité (wahda), une puissance qui se déploie dans le
royaume (de l'univers), une gloire qui épuise les louanges, et une science qui
embrasse << ce qui est dans les cieux, sur la terre, entre eux et sous la terre
>>, << et l'abîme inscrutable des mers, l'endroit où chaque poil, chaque arbre
doit pousser, où chaque feuille doit tomber, le nombre des petits cailloux et
des grains de sable, le poids des montagnes, le volume des mers, les actions des
hommes, leurs traces et leurs souffles.
Dieu est distinct de Sa création
et pourtant nul lieu n'échappe à Sa Science. >>
Les créatures s'en retournent
alors ; elles n'ont pas d'autre science que la croyance en Son Unité (Ahadiyya)
et la reconnaissance qu'il n'y a pas de commencement à l'éternité de Sa
Préexistence (Azaliyya), ni de fin à la permanence de Sa Postexistence (Abadiyya),
et que ni << comment >> (kayfa) ni << comme >> (mithla) ne pénètrent Son
Impénétrabilité (Çamadiyya). Il s'est fait connaître à Ses créatures par des
Attributs pour qu'elles proclament Son unicité et affirment Son existence, et
non pour qu'elles Le connaissent par analogie. La Foi (Imân) affirme ces
Attributs par la science de la certitude ('ilm al-yaqîn) et par voie de
croyance, tandis que la connaissance de leur véritable nature est un mystère (ghayb)
qu'il est impossible à la raison ('aql) d'atteindre. Toutes les fois que
l'imagination (wahm) discourt sur Lui, que la compréhension (fahm) L'explique,
que la raison ('aql) se Le représente, ou que l'esprit (dhihn) Le conçoit,
lInfinité de Dieu, Sa Majesté et Sa Grandeur sont bien différentes de tout cela.
<< Il est le Premier et le Dernier, l'Apparent et le Caché, et Sachant toute
chose. >>
Ainsi termine le Maître 'Abd al-Qâdir.
Quand il arrive à la fin, celui qui s'est étendu longuement abrège les perles
dont la description serait sans limite. Admire donc la substance d'une chose qui
est infinie ! Les lumières de cette citation n'échappent pas aux esprits qui
connaissent le Bien-Aimé. Promène-toi donc, toi qui aimes, au milieu des
branches du jardin de ces idées, et abreuve-toi à la boisson que déversent les
jarres de ces mots ! Cherche la science de ce tawhîd à l'école de la passion (gharâm)
! Sois présent avec les disciples de l'extase (wajd) à la réunion du désir (shawq)
! Etudie sous la direction du répétiteur la construction exclamative (tabniyat
al-tanbîh), il te commentera les questions concernant l'union (wiçâl).
Vers (tawîl) :
Une clarté fulgurante, issue de
la lumière des attributs de Son secret, s'est révélée, alors mon cœur a vu Celui
dont la majesté échappe aux limites de la pensée.
Et Il m'a appris, dans les
paroles de l'Union : << Je suis bon pour celui qui vient humblement dans sa
pauvreté. >> Seule a enivré mon esprit la passion de Celui qui m'a abreuvé des
coupes de Son vin.
Quand Son parfum s'en exhale ou
que Son bouquet se répand, Il éveille à Son << secret >> le << secret >> de
l'amant.
Fais circuler Ses qualités, car
Il est saint et Il n'a cessé d'annoncer les grâces de Sa bienveillance.
Il a touché Moïse et la nuit
s'est revêtue de splendeur et l'amant eu a une soif éperdue dans le désert de sa
pauvreté.
J'ai énoncé les qualités de
Celui qui m'a guidé, car je suis bouillonnant d'ivresse si j'entends parler de
Lui.
Les secrets de
ces paroles mystérieuses déposent dans le cœur des amants et l'intuition de ceux
qui ont la certitude les lumières de la contemplation (mushâhada). Celui qui a
reçu dans le cœur le moindre souffle de cet amour (hubb) extrait de la mer du
non-manifesté (al- ghayb) les perles des vérités spirituelles (al-ma'ânî).
Visions intuitives, regards du tréfond des âmes, dévoilez ces douces épousées !
Rossignols du désert ardent, agitez le cœur de l'amant ! Quand chante l'oiseau
du tawhîd et qu'il proclame les qualités du Bien-Aimé, les arbres de la passion
sont dans le ravissement.
Que la paix soit
sur celui qui s'est amélioré, qui est devenu bon, et à qui il a été donné de
comprendre ce qu'on lui dit !
Complément sur la
création ex nihilo (al-ibdâ') et la production (al-inshâ'). Il y a, sur cette
question, un océan qui engloutit et un plongeur qui extrait de ses flots les
nacres des éléments formels d'expression et les perles des vérités les plus
subtiles.
Nous dirons donc,
en manière de rappel, que Dieu est éternel et préexistant (Qadîm azalî), sans
commencement.
Il n'y avait ni
avant Lui ni avec Lui aucune chose, sous quelque mode ni quelque état que ce
soit. Car si les choses avaient existé, elles auraient été, nécessairement, ou
produites (muhdatha) ou éternelles ; or, si elles étaient produites elles
auraient existé après n'avoir pas été, et elles n'auraient donc pas été << avec
>> Lui dans la pré- existence (al-Azal), et si elles étaient éternelles (qadîma),
il n'est pas possible de les dire produites, puisque l'éternel est ce qui n'est
pas produit par un autre, alors que leur contingence (hadath) est constatée de
nécessité et qu'est manifeste l'effet de l'oeuvre divine (al-çan'a) et leur
nature adventice (hudûth). La thèse de leur éternité est donc fausse, et ce qui
est juste c'est leur contingence.
Celui qui affirme
l'éternité des existants (al-maujûdât) doit logiquement et absolument en
conclure que Dieu n'a rien créé et que les choses existaient par elles-mêmes,
selon cette opinion, et ceci est l'absurdité même. Et celui qui considère les
existants avec Lui, comme l'ombre avec le corps et la cause ('illa) avec l'effet
(ma'lûl), est dans l'erreur. Et ceci du fait même qu'il établit ainsi un égal à
Dieu, car l'effet provient de la cause en vertu d'une nécessité dans la cause et
cette nécessité provient de l'existence de l'effet, puisque la cause est
contrainte à l'existence de l'effet – et l'ombre existe à partir d'un corps,
d'une existence nécessaire, inévitablement –, alors que la Divinité (al-Ilâh)
n'est pas contrainte, car si Elle l'était, ce serait par un autre qu'Elle. Il ne
reste donc plus qu'à affirmer pour Dieu la Liberté (al-Ikhtiyâr) : quand Il veut
et comme Il veut, librement, selon ce qui a préexisté dans Sa Science et Sa
Volonté qui dispose selon un ordre, place en premier ou en dernier, sans
existentiation ou avec existentiation (al-îjâd). Tel est l'Attribut de la
Divinité. Ce qui n'est pas Elle est contraint (mudtarr). Les choses étaient donc
un pur néant, et << Dieu était et rien (n'était) avec Lui >> dans Son unité (Ahadiyya)
et sans second dans sa Préexistence. Le << Il était >> est Son attribution,
l'être (al-kawn) est Son action, l'engendré (al-mukawwan) est Son effet. Il n'y
a pas de commencement à Son << Il était >>, et Il est le principe de tout ce qui
a un principe.
<< Puis Il
écrivit dans l'Evocation (al-dhikr) chaque chose. >>
Sans l'Être divin
(al-Haqq) nous n'existerions pas, et sans nous l'Etre divin ne Se serait pas <<
pluralisé >> (takaththara) par les Noms et les Attributs qu'Il s'est attribués.
Dieu a dit : << Et il n'est rien dont les trésors ne soient auprès de Nous. >>
L'<< apudséité >> ('indiyya) de l'Etre divin n'est nullement une situation de
lieu, ni absolument pas une situation de temps, mais une troisième situation,
qui est d'ordre << relationnel >> (nisabî) et non pas << existentiel >> (wujûdî)
car les relations sont de l'ordre du néant et non de l'ordre de l'existence,
établies dans la Science divine, mais privées d'essences. Et il est de vérité
reconnue que l'Etre divin crée les choses et les fait sortir du néant à
l'existence, alors que le rapport (idâfa) des choses à l'<< apudséité >> de
l'Etre exige apparemment qu'Il les fasse sortir d'une existence que nous ne
connaissons pas, si bien que les choses ne se ramènent pas au pur néant, mais
qu'apparemment leur néant est un néant << relatif >> ('adam idâfî). Ne
voyez-vous pas que Dieu dit : << Notre parole à une chose, quand Nous la
voulons, est seulement que Nous lui disions : "sois !'' et elle est >> ; et Il
ne parle qu'à une chose connue de Lui, sue (ma'lûm), et Il ne dit : << Sois ! >>
qu'à une chose inexistante (ma'dûm), qui n'est pas (ghayr kâ'in), car si elle
était existante, la parole << Sois ! >> serait inutile, et, si elle n'était pas
connue de Lui, Il ne lui dirait pas : << Sois ! >> Ne voyez-vous pas qu'Il dit :
<< ...que Dieu connaît les choses cachées (al- ghuyûb) >>. Et Il est le seul à
connaître ce qui est << absent >>, et << être absent >> (ghayb) c'est le
contraire d'être présent (hudûr). << Et Dieu n'est point tel qu'Il vous
instruise sur ce qui est caché >>, parce que cette connaissance n'est pas dans
les possibilités de la créature et que, s'Il l'instruisait sur ce qui est caché,
ce serait en lui donnant l'existence et cette chose ne serait donc plus cachée.
C'est ainsi qu'Il dit : << Dieu choisit parmi Ses Envoyés qui Il veut >>, et
tant que l'Envoyé ne connaît pas la chose, elle est cachée pour lui, alors
qu'elle est sue, vue et connue pour Dieu à qui rien n'est caché, sous quelque
mode ou quelque état que ce soit.
Parmi les preuves
de la connaissance que Dieu a des << existants >> alors qu'ils sont néant,
citons Sa parole : << Et Dieu était de toute
chose Savant >> et Il était Voyant toute chose. Et Sa Science et Sa Vue font
partie de Ses Attributs essentiels, qui ne sont pas contingents ; Il n'a jamais
cessé d'être savant quant à Son Essence et Ses Attributs et connaissant (mudrik)
toutes les choses sues de Lui dans leur état de néant comme Il les connaît dans
leur état d'existence.
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