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Et nous dirons,
pour qualifier la relation (nisba) des Attributs de Celui à qui << rien n'est à
Sa ressemblance >>, que Sa Parole – gloire à Lui ! – ne suppose pas de luette,
ni de langue, ni son ouïe des canaux auditifs et des oreilles.
De même Sa Vue ne
suppose pas de pupille, ni de paupières, ni Sa Science de recours à une
nécessité logique ou l'étude d'une démonstration. De même Sa Vie (Hayât) ne
suppose pas de substance élémentaire comme une vapeur à l'intérieur du cœur et
provenant du mélange des Eléments (al-arkân). De même Son Amour (Mahabba) et Sa
Satisfaction (Ridâ) ne supposent pas un attendrissement, ni Sa Haine et Sa
Colère une peine, car Son Essence n'est pas susceptible d'augmentation ou de
diminution.
Celui qui, en
tout cela, Lui attribue des modalités (kayyafa), ne professe pas Son Unicité (wahhada).
Celui qui Lui donne des représentations, n'atteint pas Sa véritable nature (haqîqa).
Celui qui Le compare, ce n'est pas Lui qu'il désigne. Celui qui Le détermine (ashâra)
et Le conçoit en imagination (tawahhama), ne professe pas Son Impénétrabilité.
Agissant sans avoir besoin d'un instrument, prédestinant (muqaddir) sans
parcourir les possibles par la pensée (fikra), riche sans acquisition. Les
divisions du temps ne Lui sont pas concomitantes, et les Instruments ne sont pas
Ses assistants. Son être (kawn) a précédé les divisions du temps, Son existence
(wujûd) a précédé le néant ('adam), et son éternité (azal), a précédé le
commencement (ibtidâ'). Par le fait qu'Il a donné la conscience (tash'îr) aux
organes des sens (mashâ'ir), l'on sait que Lui-même est dépourvu de tels
organes. Par le fait qu'Il a donné à (toutes) les choses leurs contraires, l'on
sait que Lui-même n'a pas de contraire (didd); et par le fait qu'il a disposé
(toutes) les choses par couples, l'on sait qu'cl n'a pas de compagnon. Il a fait
contraster les ténèbres avec la lumière, l'obscurité avec l'évidence, l'humidité
avec la sécheresse, le froid intense avec la chaleur ardente. Il (est Celui qui)
unit les choses opposées, qui associe les choses distinctes, qui rapproche les
choses extrêmes et sépare les choses proches; Il n'est enfermé dans aucune
définition et Il n'est évalué par aucun calcul. Il ne donne pas prise aux
estimations (awhâm) pour Le déterminer (tuqaddir), et les intelligences (fitan)
ne (parviennent pas à) se Le représenter en imagination (tatawahham) pour Le
concevoir (tuçawwir).
Il ne varie pas
sous l'effet d'un état transitoire (hâl), et Il ne se modifie pas dans la
multiplicité des états. Il ne change pas et Il ne cesse pas, et Sa disparition
est impossible.
Gloire à Lui !
Lui qui est éloigné et proche, qui a un infini pouvoir et une immense
bienveillance. Tout ce qui est autre que Lui émane (fâ'id) de Sa Générosité (existentiatrice),
de Sa Faveur et de Sa Justice qui donne (bâsit) ou qui retient (qâbid). Il a
parfait le Monde quand Il l'a fait, et Il l'a créé merveilleux quand Il lui a
donné l'existence et l'a fait surgir (ikhtara'a). Nul n'est associé à Sa
Royauté, nul ne prend de disposition avec Lui dans Son Royaume. S'Il accorde Sa
grâce et répand alors Ses bienfaits, c'est l'effet de Sa Faveur; s'Il éprouve et
répand alors Ses tourments, c'est l'effet de Sa Justice. Il n'est pas arbitraire
dans Son Règne, ce qui Le ferait justice et d'iniquité, et aucune décision
favorable à quelqu'un ne saurait être dirigée contre Lui, ce qui Le ferait taxer
d'inquiétude et de crainte. Tout ce qui est autre que Lui est sous le pouvoir de
Sa Domination (qahr) et agit (sous l'effet) de Sa Volonté (irâda) et de Son
Ordre (amr). C'est Lui qui inspire aux âmes responsables la piété (taqwâ) ou
l'impiété (fujûr), et c'est Lui qui passe sur les mauvaises actions de qui Il
veut, ici et au jour de la Résurrection (yawm al-Nushûr). Sa Justice ne contrôle
pas Sa Faveur, et Sa Faveur ne contrôle pas Sa Justice.
Il a fait du
Monde deux poignées et a créé (pour les hommes) deux demeures (manzilatân) en
disant : << Ceux- ci pour le Paradis (al-Janna) et Je ne m'en soucie point,
ceux-là pour l'Enfer (al-Nâr) et I. e ne m'en soude point >>, sans que personne
ne s'y oppose car rien n'existait d'autre que Lui – Majestueuse est Sa Grandeur
! Ainsi tout est sous la libre action (taçrîf) de Ses Noms : une << poignée >> (qubda)
est soumise aux noms de Son Epreuve, une << poignée >> est soumise aux noms de
Ses Bienfaits. S'Il avait voulu – gloire à Lui ! – que tout le Monde soit
heureux, il en aurait été ainsi, ou (que tout le Monde soit) malheureux, cela
n'aurait pas été grand-chose; mais Il n'a pas voulu cela, et il en a été comme
Il l'a voulu. Il y en a qui sont malheureux et il y en a qui sont heureux, ici
et le jour du Retour à Dieu (yawm al-Ma'âd). Il n'est pas possible de modifier
ce qu'a décidé l'Eternel, alors qu'Il a dit au sujet de la prière (al-çalât) :
<< Elles sont cinq et elles sont cinquante ; la Parole ne change pas chez Moi et
Je ne suis pas injuste envers les serviteurs, pour agir librement (taçarruf)
dans Mon Royaume et exécuter Ma volonté (mashî'a) dans Ma Royauté. >> C'est une
vérité à laquelle sont aveugles les regards (abçâr) et les intuitions (baçâ'ir),
et que ne découvrent les pensées (afkâr) et les consciences (damâ'ir) que par un
don divin et par gérérosité du Miséricordieux pour le serviteur à qui Dieu a
manifesté Sa Sollicitude et pour qui cela a préexisté lors de sa présence au
Témoignage principiel. Il a su alors, quand cela lui a été enseigné, que c'est
la divinité (al-ulûhiyya) qui a présidé à la répartition des destinées (al-taqsîm),
et c'est l'un des secrets (raqâ'iq) de l'Eternel.
Gloire alors à
Celui qui est tel qu'il n'y a en vérité d'autre agent (fâ'il) que Lui et nul
existant pour Soi si ce n'est Lui ! << Alors que Dieu vous a créés, ainsi que ce
que vous faites >>, et << Il n'est pas interrogé sur ce qu'Il fait, tandis
qu'eux sont interrogés >>, << et à Dieu appartient l'argument péremptoire. S'Il
avait voulu, Il vous aurait dirigés tous. >>
Vers (basît) :
Le cœur de
l'unitaire (al-muwahhid) vit dans la familiarité de la << croyance au Dieu
unique >> (al-tawhîd), la racine de la Foi y est plantée.
Ses fruits en
sont la Science (al-'Ilm), et l'approbation divine (al-tawfîq) en est le
gardien, bienheureux celui qui est gardé par l'approbation divine! Vers (basît
majzû') : La Lumière est venue à toi, prends-la donc et ne t'arrête pas au
parchemin ! Car celui à qui l'or a apporté son éclat fait peu de cas de ce qui
est écrit avec l'encre.
Préoccupe-toi
donc de la description de la divinité et regarde-la, unique, dans l'isolement :
Ecoute-bien quand tu es appelé et purifie tes paroles quand tu appelles ! Revêts
pour ton Maître un habit de pauvreté pour obtenir la faveur du Donneur (al-Wâhib)
généreux ! Et dis, si tu viens à Lui en pauvre : Seigneur, dont l'amour est mon
soutien, verse la boisson de l'Union (al-wiçâl) à un amant ardent qui n'a cessé
de se plaindre de la soif de la séparation, égaré longtemps sans lumière, car il
ne voyait que les serviteurs (al-'ibâd) !
Sois alors pour
Lui la lumière tant que continueront ses quelques jours illusoires, jusqu'à ce
que meure l'Ennemi, impuissant, et que s'éteigne la braise de l'éloignement !
Les hommes seront dans l'étonnement devant un personnage guidé dans la bonne
voie après l'égarement.
Celui qui était
mort et qui est devenu vivant est dès lors au-dessus des distances.
Celui qui connaît
la Vérité (al-Haqq) par une connaissance savoureuse ('ilm dhawq), ne mêle plus
l'errement à la rectitude.
Celui à qui le
Bien-Aimé apporte une régulation (kashf) ignore le plaisir du sommeil.
Complément. Sur
cette question voici la perle ajoutée à la hyacinthe qui précède, où il est fait
mention du caractère imparticipé de l'Unicité (tafrîd al-tawhîd) et du
dépassement de la singularité (tajrîd al-tafrîd). En effet celui qui demande et
désire les dons divins les plus précieux, vient d'apprendre quel est le but de
la science des cœurs, il a eu connaissance de la gloire des cités invisibles et
il a vu se lever la Lune de la doctrine de l'Unicité sur la voie droite qui
brille, accordant à chaque être sa vérité (haqîqa) et éclairant son chemin. Il
veut alors que nous lui montrions le soleil de la doctrine de la parfaite
Transcendance (shams al-tanzîh al-akmal), du dépassement sublime (al-tajrîd al-abhar)
et de la lumière éclatante, qui dissipe les ténèbres, éclaire les cieux et met
fin aux épreuves : c'est-à-dire le soleil de la doctrine de l'Unicité (shams al-tawhîd)
et la demeure de la Singularité (maqâm al-tafrîd). Je dirai et je montrerai sur
les divans d'apparat du dévoilement (al-istijla'), pour que les esprits lucides
et les intuitions pénétrantes le comprennent, ce que j'ai appris des princes de
la Voie spirituelle et des maîtres incomparables de la Vérité ésotérique,
maillons illustres d'une chaîne issue de mon seigneur, le maître des martres des
connaissants, la quintessence des Saints dans la proximité de Dieu (muqarrabûn)
et des savants ayant la certitude (mûqinûn), le maître de la Voie et la source
de la Vérité exotérique (ma'din al-Haqîqa), le Maître 'Abd al-Qâdir al-Jîlî, que
Dieu sanctifie son âme sublime et illumine son tombeau !
Voici ce qu'il
dit : Notre Seigneur est celui qui est proche dans Son élévation, élevé dans Sa
proximité. Il est le Producteur (bâri') de la Création par sa Puissance, et le
Déterminant (Muqaddir) des dispositions de toutes les choses par Sa Sagesse
(Hikma), et Celui qui entoure chaque chose par Sa Science ('Ilm). Sa Parole
s'est accomplie et Sa Miséricorde s'est étendue à tout. Il n'y a pas de dieu si
ce n'est Lui. Ils mentent ceux qui Lui donnent des égaux et ceux qui prétendent
qu'Il a un pareil et qui croient qu'Il a un semblable ou un homonyme.
Il a nombré ('addada)
Ses créatures et a été satisfait du poids de Son Trône, de l'encre de Ses
Paroles, de l'immensité de Sa Science, de l'étendue de sa Miséricorde, et de
tout ce qu'li a voulu, créé, multiplié et produit.
<< Sachant
l'Invisible et le Visible, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux, le
Roi, Le Très-saint, le Puissant, le Sage. >> Unique (Wâhid), Un (Ahad), Simple
(Fard). << Impénétrable (Çamad), Il n'a pas engendré et n'a pas été engendré et
Il n'a pas d'égal. >>
<< Rien n'est à
Sa ressemblance, alors qu'Il est l'Audient, le Voyant. >> Il n'a nul semblable
et nul pendant (nazhîr), nul aide et nul auxiliaire, nul associé et nul
ministre, nul pair et nul conseiller. Il n'est pas un corps, car Il serait
touchable, ni une substance car Il serait perceptible, ni un accident, car Il
serait transitoire, ni ayant de composition, car Il serait divisible, ni ayant
d'organe, car Il serait représentable, ni ayant de complexion, car Il serait
susceptible de modalités, ni ayant de quiddité imaginable, car Il serait
définissable, ni ayant de nature spécifique (tab'a). Il n'est pas un astre, ni
une ténèbre qui se manifeste, ni une lumière qui brille.
Il est présent (hâdir)
aux choses par Sa Science sans aucun mélange, témoin (shâhid) par Sa
Connaissance (ittilâ') sans aucun contact. Subjuguant, gouvernant, puissant.
Faisant miséricorde, pardonnant, voilant les fautes. Créateur, Principe, simple,
adoré. Vivant qui ne meurt pas. Au règne sans fin, à l'empire éternel.
Subsistant qui ne dort pas. Tout-puissant, invulnérable. Inaccessible,
intraitable. Il a décrété la disparition (fanâ') de tout le genre humain (al-anâm)
et a dit : << Tout ce qui est sur elle est périssable, alors que subsistera la
f'ace de ton Seigneur, qui détient la Majesté et la Magnificence. >> << Il
possède les Noms les plus beaux >>, les Attributs sublimes et l'Archétype
suprême (al-Mathal al-a'lâ), et la grandeur perdurable (al-jadd al-abqâ). Les
imaginations ne Le conçoivent pas, et les compréhensions ne Le déterminent pas.
Il n'est pas atteint par l'analogie (al-qiyâs) et Il n'a pas de représentation
pour les hommes. Il a créé les créatures humaines et leurs actes. Nul ne saurait
placer en premier ce qu'il a placé en dernier, et nul ne saurait placer en
dernier ce qu'Il a placé en premier. Il a voulu (arâda) ce que le Monde fait, et
s'Il l'en avait empêché, il n'aurait pas enfreint (Ses ordres), et s'Il avait
voulu (shâ'a) que tous Lui obéissent, ils Lui auraient obéi.
<< Il sait le
secret même bien caché. >> << Il sait les regards perfides et ce que cachent les
cours. >> << Ne sait-il pas ceux qu'il a créés, alors qu'Il est le Subtil,
l'Informé ? >> Les intelligences ne sauraient Lui attribuer des modalités et les
esprits ne sauraient Le définir. Il est trop majestueux pour ressembler à ce
qu'Il a fait ou pour être lié à ce qu'Il a produit. Il est Celui qui compte les
souffles. << Surveillant chaque âme avec ce qu'elle a acquis. >> << Il les a
certes dénombrés et les a bien comptés. Tous viendront à Lui, au Jour de la
Résurrection, isolément. >> << Afin que chaque âme soit récompensée de ses
entreprises. >> << Afin qu'Il sanctionne ceux qui ont mal fait selon leurs
actes, et qu'Il récompense ceux qui ont bien fait de la plus belle façon. >>
Il est Riche se
passant de Sa création. Il pourvoit à la subsistance et n'est pas pourvu, Il
nourrit et n'est pas nourri. Il protège et n'est pas protégé. Il a créé ce qu'Il
a tiré du néant (ibtada'a), non pas pour en retirer un profit, ni pour éviter un
mal, ni pour un motif qui L'y aurait poussé, ni à cause d'une pensée qui Lui
serait venue, mais par une Volonté pure des modifications contingentes. Car Il
est le seul à détenir le pouvoir de produire les essences (ikhtirâ' al-a'yân),
de dévoiler le mal, de faire cesser l'épreuve, de transformer les essences (taqlîb
al-a'yân) et de modifier les états. Il fait arriver ce qu'Il a prédestiné au
moment qu'Il a fixé et nul ne l'aide à diriger son Royaume.
Il est Vivant (Hayy),
d'une vie ni acquise ni précédée. Savant ('Alim), d'une science ni produite, ni
voilée, ni finie : Puissant (Qâdir), d'une puissance qui n'est pas limitée.
Dirigeant (Mudabbir), par une volonté qui n'est pas changeante, ni
contradictoire. Gardien (Hafîzh), Il n'oublie pas. Subsistant (Qayyûm), Il n'est
pas distrait. Surveillant (Raqîb), Il n'est pas inattentif.
Il retient et Il
donne. Il est satisfait et Il est en colère.
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