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Soufisme

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La Profession de Foi

Chapitre 1. L'Unicité de Dieu (Al-Tawhîd)

Sachez - Dieu vous fasse miséricorde ! – que je m'adresse à vous conformément à la parole de Dieu concernant Son prophète Houd, quand il déclara à son peuple qui taxait de mensonge sa mission (risâla) et lui- même << Je prends Dieu à témoin, et soyez témoins vous aussi, que je suis innocent de ce que vous (Lui) associez en dehors de Lui ! >> Houd prit donc à témoin son peuple, bien qu'il le traitât de menteur, qu'il n'était pas responsable de leur associationnisme (shirk) d'autres divinités à Dieu, et qu'il reconnaissait l'Unicité divine (wahdâniyya). Il savait en effet que Dieu fera tenir le monde entier devant Lui et qu'Il interrogera les hommes dans ce Lieu suprême et terrible du Jugement dernier, où chaque témoin rendra son témoignage (shahâda) et chaque dépositaire rapportera son dépôt (amâna). Il a été dit que chaque (brin d'herbe) vert ou desséché, à portée de la voix du muezzin, et l'ayant entendu faire l'appel à la Prière, témoignera pour lui le Jour de la Résurrection. C'est pourquoi << Satan s'enfouit en crépitant, pour ne pas entendre son appel >>, qui l'obligerait à témoigner pour lui, et le mettrait au nombre de ceux qui travaillent à sa félicité (sa'âda), alors qu'il est l'Ennemi intégral ('Adû mahd) et qu'il ne veut pour nous nul bien. Si donc l'Ennemi doit témoigner pour toi, parce que tu l'as pris â témoin vis-à-vis de toi- même, combien est-il mieux que témoigne pour toi ton ami et celui qui est de ta religion, et à plus forte raison, que tu témoignes, toi, de l'Unicité divine et de la Foi. 

C'est pourquoi, ô vous, mes frères, qui croyez, et vous, mes amis, qui pratiquez la vertu, moi qui suis un faible et misérable serviteur, pauvre vis-à-vis de Dieu à tout moment et à tout instant, l'auteur de cette épître, je vous prends à témoin pour moi-même, après avoir pris à témoin Dieu et ses Anges, et les serviteurs spirituels (al-rûhâniyyûn) de Dieu, comme vous-mêmes, présents ou absents, que j'atteste, par la parole et l'engagement (qawlan wa-'aqdan) :  

    Que Dieu est unique, sans second, pur (munazzah) de toute compagne et de tout enfant. Possesseur sans associé, Roi sans ministre. Artisan de la Création sans que nul n'ait pris de disposition avec Lui. Existant par son Essence (mawjûd bi-DhâtiHi), sans dépendre d'un existentiateur qui Le fasse exister. Bien au contraire, tout existant autre que Lui dépend de Lui dans son existence, de sorte que le Monde tout entier existe par Lui, tandis que Lui existe par Soi (mawjûd bi-nafsiHi). Il n'y a pas de début à Son existence et il n'y a pas de fin à Sa permanence (baqâ'). Il existe et Il continue à exister, absolu (mutlaq), et Il subsiste par Soi (qâ' im bi-nafsiHi).

     Il n'est pas une substance (jawhar) occupant un espace, car Il serait localisable. Il n'est pas un accident ('arad), car la permanence serait impossible pour Lui. Il n'est pas un corps (jism), susceptible alors de direction et de face. Saint (muqaddas), Il est exempt des directions et des dimensions. Il sera vu par les cœurs et les regards. 

    Quand Il l'a voulu, Il a siégé sur son Trône ('Arsh), comme Il l'a voulu, et selon le sens qu'Il a voulu ; de même que le Trône et ce qui n'est pas Lui tiennent de Lui leur équilibre (istiwâ') . A Lui appartiennent la vie première (al-ûlâ) et la vie dernière (al-âkhira) . Il n'a pas de représentation intelligible (mathal ma'qûl) et les intelligences ne montrent pas le chemin qui mène vers Lui. Nul temps ne Le limite, nul lieu ne Le diminue. Il était, sans nul lieu (kân wa-lâ makân), et Il est maintenant tel qu'Il était.  

    Il a créé le localisé et le lieu, et Il a produit (ansha'a) le temps. Il est l'Unique, le Rétributeur; Celui que n'accable pas la conservation des choses créées, et à qui on n'attribue de qualité qu'Il n'ait donnée aux choses qu'Il a faites. Il est trop haut et trop saint pour que les êtres adventices (al-hawâdith) Lui soient inhérents ou qu'Il leur soit inhérent. Et Il est le Subsistant qui ne dort pas, et le Dominateur que l'on ne persuade point. 

    Il a créé le Trône (al-'Arsh) et en a fait la limite de la Session divine, et Il a produit le Piédestal et lui a confié la Terre et le Ciel. Il a fait surgir (ikhtara'a) la Table (al-Lawh) le Calame suprême (al-Qalam al-a'lâ) qu'Il a chargé de transcrire la science de sa création jusqu'au jour de la Décision et du Décret (al-qadâ'). Il a donné l'existence (abda'a) au Monde sans modèle préexistant.

   Il a donné l'être aux créatures et Il a donné des qualités naturelles (akhlaqa) à ce qu'Il a créé. Il a fait descendre les esprits dans les corps (al-ashbâh), comme << dépositaires >> (umanâ'), et Il a établi comme << représentants >> (khulafâ) sur la terre les corps dans lesquels sont descendus les esprits. Et Il leur a soumis de Sa part tout ce qui est dans les Cieux et sur la Terre. Pas un atome (dharra) ne se meut, si ce n'est vers Lui et de Lui. Il a créé l'Univers sans nul besoin, ni rien qui l'y oblige. 

    Mais Sa Science a préexisté (sabaqa), et il fallait qu'Il créât ce qu'Il a créé. Et Il est << Le Premier et le Dernier, l'Apparent et le Caché. Et Il est de toute chose Savant. >> << Et Il est sur toute chose Puissant. >> << Il a entouré toute chose de Sa Science. >> << Et Il a compté toute chose en nombre >>. << Il sait le secret même bien caché. >> << Il sait les regards perfides et ce que cachent les cours (al-çudur). >>

Comment ne saurait-il pas une chose qu'il a créée? << Ne sait-Il pas ceux qu'Il a, créés, alors qu'Il est le Subtil (al-Latîf), l'Informé (al-Khabîr) ? >> Il a su les << choses >> (al-ashyâ') avant leur existence, puis Il les a existenxiées comme Il les a sues; et Il n'a cessé de savoir << les choses >> globalement et dans le détail alors que les créatures étaient repliées dans le néant (al-'adam). Sa Science n'est pas devenue nouvelle lors de la nouveauté des << choses >>. C'est par Sa Science qu'li a donné aux << choses >> la perfection (atqanahâ) et l'harmonie (ahkamahâ), et c'est par elle qu'Il les a soumises à l'autorité (hakkama 'alayhâ) de qui Il a voulu et les a régies (hakamahâ). Il a su les choses universelles dans l'absolu (al-itlâq), comme Il a su les choses particulières (al-juz'iyyât). 

Sur ce point les gens de la saine spéculation sont unanimes et les Docteurs sont d'accord. << Sachant l'Invisible (al-Ghayb) et le Visible (al-Shahâda), Il est supérieur à ce qu'ils Lui associent. >>  

<< Faisant ce qu'Il veut. >> Il est en effet Celui qui veut les êtres (al-kâ'inât) dans le Monde de la Terre et des Cieux. Il n'y a pas eu connexion entre Sa Puissance et l'existentiation d'une chose avant qu'Il ne l'ait voulue, de même qu'Il ne l'a pas voulue avant qu'Il ne l'ait sue.

Et s'il est absurde pour l'intelligence qu'Il veuille ce qu'Il n'a pas su, ou que, libre de choisir et dans la possibilité (mutamakkin) de rejeter une action, Il fasse ce qu'il ne veut pas, de même il est absurde que les relations de ces réalités (haqâ'iq) existent dans un Etre qui ne soit pas vivant, et il est tout aussi absurde que ces attributs (çifât) subsistent dans une Essence (dhât) qui ne soit pas qualifiée par eux. Il n'y a donc rien dans l'Existence (al-Wujûd) qui ne soit voulu par l'Etre divin (al-Haqq) : obéissance ou désobéissance, gain ou perte, esclave ou homme libre, froid ou chaud, vie ou mort, obtention ou manque, jour ou nuit, équilibre ou inclinaison, continent ou mer, pair ou impair, substance ou accident, santé ou maladie, joie ou tristesse, esprit ou corps, ténèbres ou lumière, terre ou ciel, composition ou dissolution, abondance ou rareté, matin ou soir, blancheur ou noirceur, sommeil ou veille, apparent ou caché, mobile ou immobile, sec ou humide, écorce ou noyau, rien de toutes les choses contraires, ou différentes, ou semblables qui ne soit voulu par l'Etre divin – que Sa Sagesse est grande ! Et comment ne serait-ce point voulu par Lui, alors qu'Il lui a donné l'existence ! Et comment Celui qui est libre de choisir ('al-Mukhtâr) donnerait-II l'existence à ce qu'Il ne veut pas ! Nul ne repousse Son Ordre et << Nul ne révise Sa Sentence >>

Il donne la royauté (al-mulk) à qui Il veut et Il enlève la royauté à qui Il veut, et Il élève qui Il veut et Il abaisse qui Il veut. Il guide qui Il veut et Il égare qui Il veut. Ce que Dieu a voulu a été et ce que Dieu n'a pas voulu qu'il fût ne sera pas. Si toutes les créatures s'unissaient pour vouloir une chose que Dieu n'a pas voulu qu'elles voulussent, elles ne la voudraient pas, ou pour faire une chose que Dieu n'a pas voulu faire exister – et qu'elles auraient voulue, alors que Dieu a voulu qu'elles ne la voulussent pas –, elles ne la voudraient pas et ne la pourraient pas et Il ne leur en donnerait pas le pouvoir.

L'infidélité (al-kufr) et la foi (al-îmân), l'obéissance et la désobéissance (dépendent) de Sa Volonté créatrice (mashî'a), de Sa Volonté normative (irâda) et de Sa Décision (hukm). Il n'a cessé – gloire à Lui ! – d'avoir l'attribut de cette volonté, alors que le Monde était replié dans le non-manifesté (al-ghayb) à l'état de néant (ma'dûm), non-existant (ghayr mawjûd), bien qu'immuable (thâbit) dans Sa Science – gloire à Lui !

Ensuite il existencia (awjada) le Monde, non pas par une réflexion faisant suite à un oubli, ni en prenant des dispositions faisant suite à une ignorance (réflexion et dispositions), qui lui auraient donné la science de ce qu'Il ignorait – que Sa Sainteté et Sa Sublimité soient proclamées bien au-dessus de cela ! – mais, au contraire, Il l'existencia (à la suite) de la Science cachée et pré- existante en Lui et de la détermination (ta'yîn) de la Volonté éternelle et transcendante ayant décidé des choses à existentier dans le Monde, telles que : temps (zamân), lieu (makân), couleurs (alwân) et modalités d'existence (akwân). Il n'y a en réalité dans l'Existence pas d'autre << voulant >> (murîd) que Lui, car Il est celui qui dit : << Et vous ne voudrez noyautant que Dieu voudra >>.

 Et – gloire à Lui ! – comme il a su et a voulu, Il a particularisé (khaçça) et assigné (qaddara), et a existencié.

De même Il a entendu et a vu ce qui se meut ou reste immobile, ou ce qui est prononcé dans le genre humain du haut en bas de l'Univers. L'éloignement ne L'empêche pas d'entendre, car Il est le Proche (al-Qarîb), et la proximité ne l'empêche pas de voir car Il est l'Eloigné (al-Ba'îd). Il entend les paroles (prononcées) par l'âme (al-nafs) en elle-même, le bruit du contact secret quand (deux choses) se touchent et Il voit, le mélange de la lumière dans la lumière, de l'eau dans l'eau, de l'air dans l'air, et du noir dans l'obscurité. Ni le mélange, ni les ténèbres, ni la lumière ne sont un voile pour Lui : << et Il est l'Audient et le Voyant. >>

Il a parlé, non pas à la suite d'un mutisme préliminaire, ni d'un silence réfléchi, (mais) par une Parole éternelle (qadîm), sans commencement et sans fin, comme il en est de tous Ses autres Attributs, tels que Sa Science, Sa Volonté et Sa Puissance. C'est par elle qu'Il a parlé à Moïse et Il l'a appelée Thora (al-Tawrât); c'est par elle qu'Il a parlé à David et Il l'a appelée Psaumes (al-zabûr), à Jésus et Il l'a appelée Evangile (al-Injîl), à Muhammad et Il l'a appelée << Descente >> (al-Tanzîl) et << Discrimination >> (al-Furqân) – que les Prières de Dieu et Son Salut soient sur lui (Muhammad) et sur eux tous !

 

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