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Le cheikh
‘Alawi donne quelques indications générales sur la science du tassawuf dans
une préface à l'une de ses œuvres majeures « le don sanctifié (al-manh
al-quddûssiyya) » qui est un traité doctrinal sur les significations
ésotériques de la Loi coranique (shar’, dont le terme dérivé sharia
représente le développement dans l'ordre des applications), à partir d'un
commentaire du résumé didactique (intitulé (le guide secourant (al-murshid
al-mu’in) qu’en donne le soufi et savant malikite andalou lbn ‘Ashir (XVIIe
siècle).
Voici, en
guise d'introduction, quelques extraits de cette préface :
« Sache que
cette science est la plus excellente des sciences et la plus pure
compréhension. Ne la nie que celui qui est privé de son influence
spirituelle (baraka). Car il est des sciences dont il arrive que l'on puisse
se passer, excepté celle-là qui est indispensable. Seul l'ignorant privé du
bonheur de l'Union (wuçûl) croit le contraire. Et celui qui ignore une chose
lui est hostile. . . »
Ibn bint
al-malaq a dit : « Qui a goûté le breuvage des gens de la voie le connaît
et qui le connaît vient l’acheter au prix de son esprit (bi-al-rûh) »
Cette
citation nous fait voir clairement que cette science est la plus noble des
sciences, et que sa dignité est celle de son objet. Sa valeur est à la
mesure de ce dont elle dépend, c'est à dire l'Essence de Celui qui subsiste
par Lui-même (al-qayyûm). Par Allâh, elle possède la dignité suprême à
laquelle rien ne peut s’ajouter, et toutes les autres sciences lui sont
subordonnées... La science des gens de la voie est tirée de la vision
intuitive (iyân) tandis que (les sciences) des non-initiés sont prises des
éléments rationnels que sont l’argument et la preuve (dalil wa burhân) au
moyen d’enchainements explicatifs. Les données traditionnelles (Khabar), ne
sont pas du même ordre que la vision intuitive. Le sage parmi les soufis a
dit : « Il y a une grande différence entre celui qui est conduit par (cette
vision directe) et celui qui s'enquiert à son sujet ». Les tenants de toute
science particulière s’affrontent et se disputent entre eux tandis que leurs
représentants attitrés s'opposent et se contredisent. Ce n’est pas le cas de
cette noble science, pure de division et altération.
Umar Ibn al-Fârid a dit:
« Combien se querellent les gens versés dans la discussion tandis qu'il n’y
a aucune dispute entre les amoureux passionnés du Bien-Aimé (ushshâq
al-habîb) »
Je dis :
c'est parce qu'il n’y a pas d’effort de réflexion (Ijtihâd) dans la science
des gens de la Voie (‘ilm al-qawm) contrairement à la science des
applications ('furû) fondée sur l’argumentation rationnelle et qui comprend
la transmission extérieure (naql) des connaissances, alors que la science
initiatique est tirée exclusivement du dévoilement intuitif (kashf) et de la
vision direct et ne comporte pas, par conséquent, de divergence ou de
contradiction car elle constitue l'aspect intérieur (batin) du Coran, dont
l’aspect extérieur (zahir) n’est pas soumis au changement, en harmonie avec
son aspect intérieur. Allâh dit : « Nous avons fait descendre le Rappel (al-Dhikr
c'est à dire le Coran) et nous en sommes le gardien. » le Très-Haut a confié
le dépôt des sens extérieurs du Coran aux savants exotériques (arbâb
al-zawâhir) et celui de ses sens intérieurs aux maîtres des visions subtiles
(arbâb al-baçâ'ir) de sorte que ceux qui possèdent les visions subtiles se
réjouissent de ses aspects intérieurs et extérieurs comme c'est le cas de
l'un d'entre nous qui a dit dans son Bustân : « le Coran est le jardin des
Connaissants (al-‘arifin) »
Ibn Arabî a
dit : « J'ai reçu les clés du Coran sublime ». Et il n'est ni le premier ni
le dernier à avoir reçu ces clés. Quiconque possède une part de la science
initiatique (‘ilm al-qawm), possède une part de la compréhension du Coran
sublime...
Cheikh
Muhî-dîn Ibn Arabi a dit aussi : « Nous avons laissé derrière nous les mers
bouillonnantes. Comment les gens comprendraient-ils où nous nous sommes
dirigés ? »
Ainsi (les
initiés) sont devenus les plus nobles des communautés, sans restriction. Et
leur science est incontestablement la plus noble de toutes…
Abû al-Hassan
al-Shadili a dit : « celui qui n’a pas pénétré notre science est mort en
persévérant dans le crime (Kabâ’ir) sans avoir pris conscience de l’altérité
(shuhud al-ghayr) dont n’est exempt que celui qui se tient humblement devant
leurs portes, même si c’est un savant pieux ou un ascète adorateur...
Al-Junayd a
dit : « la conviction intime de la vérité (taçdiq) de notre science est un
état de réalisation (wilâya: litt, « proximité d’Allâh ») ; si ton âme
laisse échapper ce don, puisse le fait qu'un autre que toi soit sincèrement
convaincu de cette science ne pas t’échapper ».
Le Cheikh Abû
Yazîd al-Bistâmî a dit : « Si tu vois quelqu'un qui adhère (yu’minu) à la
Voie initiatique, dis lui qu'il invoque Allâh pour toi car son invocation (da'wâ)
est acceptée ».
Al-siqilî a
dit dans son livre (la lumière des coeurs dans la science donnée » : « Celui
qui est sincèrement convaincu de la vérité de cette science appartient à
l’élite, celui qui en possède la compréhension effective (fahm) appartient à
l'élite de l'élite, et celui qui exprime et en parle est une étoile
insaisissable et une mer qu’on ne délaisse pas »…
En
conclusion, (les initiés) sont d’accord que cette science est la science des
véridiques (al-siddîqîn) et que celui qui en possède une part est parmi les
rapprochés au delà des degrés des compagnons de la droite (açhab a1-yamîn) ;
quelle félicité pour qui en possède la moindre part ! Quelle déception pour
celui qui se querelle avec eux par ignorance et esprit partisan ! Il vient
leur donner la preuve de ce qu’il avance et discute avec opiniâtreté de ce
qu’il ne comprend pas. C’est un être stupide qui veut combattre celui avec
lequel il ne peut lutter.
Des sages ont
dit : « celui qui combat alors qu’il ne peut soutenir la lutte s’attire le
malheur ». Ainsi, mon frère, aie une bonne opinion (husn al-zann) d’Allâh
et de ses droits serviteurs, particulièrement les gens de cette voie
initiatique (hadhihi tarîqa), car s’occuper de leurs affaires est un poison
mortel. Qu’Allâh nous en préserve ainsi que les croyants (al-muslimîn) ».
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