Soufisme

Origine du mot Soufi

 

 

Si on le tire de safâ’ (pureté) et de safwa (élite), le terme qui désigne ces hommes est alors celui de safawiyya. Si on le rapporte à saff (rang) ou à suifa (banc), ils sont des saffiyya ou des suffiyya. II est possible, dans le premier cas, que la lettre wâw ait été placée avant la lettre fâ’, ce qui donne bien le mot sûfiyya (soufis); et, dans le deuxième cas, ajouter le wâw à saffiyya ou suffiyya serait dû à l’usage linguistique. Si, enfin, on a tiré le mot sûfiyya de sûf (laine), il est parfaitement correct, et cette désignation est linguistiquement juste.

Dans tous les cas, ces termes expriment le renoncement et le détachement de l’âme à l’égard de ce bas monde, le fait de quitter sa demeure et de voyager sans cesse, de ne pas flatter les passions de l’âme, de purifier sa conduite, de rendre limpide l’intime de son être, d’ouvrir son coeur, et de se comporter en « devançant ». Ajoutons à cela ce que dit Bundâr Ibn Husayn : « Le soufi est celui que Dieu a choisi pour Lui-même et qu’Il a traité avec affection (sâfâ), le libérant de son âme (égoïste) et lui épargnant dès lors tout effort et toute contrainte en vue d’un motif personnel.

Et le mot sûfiya = il a été traité avec affection est (un verbe passif) du même type morphologique que ‘ûfiya: il a été protégé, à savoir que c’est Dieu qui L’a protégé, et que kûfiya il a été rétribué, par Dieu, ainsi que jûziya : il a été récompensé, par Dieu. L’action de Dieu sur lui est donc manifeste dans son nom même de sûfî, et Dieu est seul à s’occuper de lui.» Interrogé sur la définition du soufi, Abû’Ali Rûdhabâri répondit : « C’est celui qui a revêtu de laine (sûf) sa pureté (safâ’), qui a fait goûter à ses désirs personnels la saveur de la privation, et qui, ayant laissé ce bas monde derrière lui, a suivi la voie de l’Élu (Muhammad).» La même question ayant été posée à Sahi Ibn’Abd Âllâh 

Tustarî : « C’est, dit-il, celui qui est pur de tout ce qui trouble, qui est empli de méditation, qui s’est retiré des hommes pour se consacrer à Dieu, et pour qui l’or et l’argile se valent. » On demanda à Abû-l-Hasan Nûrî ce qu’était le soufisme (tasawwuf) : « C’est, répondit-il, délaisser tout ce qui flatte l’âme. » Interrogé sur le même sujet, Junayd définit ainsi le soufisme : « C’est purifier son cœur de l’approbation des hommes, abandonner ses tendances innées, maîtriser les dispositions de la nature humaine, écarter les incitations égoïstes, fixer en soi les qualités spirituelles, s’attacher à la connaissance des réalités immatérielles, utiliser ce qui est mieux pour la vie éternelle, pratiquer le (devoir de) bon conseil envers la Communauté tout entière, tenir envers Dieu l’engagement de rester fidèle à la vérité, et suivre l’Envoyé dans l’accomplissement de la Loi. »

Selon Yûsuf Ibn Husayn : « Chaque Communauté a une élite, dépôt précieux de Dieu qu’Il a caché à Ses créatures, et s’il y en a une dans cette Communauté-ci, ce sont les soufis. » Quelqu’un demanda à Sahl Ibn’Abd Allâh Tustarî : «Qui fréquenterai-je parmi les différents groupes de musulmans? ». « Tu n’as qu’à fréquenter les soufis, répondit-il, car rien n’a à leurs yeux une importance exagérée et ne saurait être totalement désapprouvé. Pour eux, tout acte peut être interprété, et ils te trouveront des excuses en n’importe quelle circonstance. » La même question ayant été posée par Yûsuf Ibn Husayn à Dhû-l-Nûn: «Fréquente, dit-il, celui qui ne possède rien et qui ne désapprouvera aucune situation dans laquelle tu pourras te trouver, qui ne changera pas même si toi tu changes beaucoup, car plus tu changeras, plus tu auras besoin de lui! ».

On rapporte également de Dhû-l-Nûn ceci : « Au bord de la mer, en Syrie, je vis, dit-il, une femme, et je lui demandai « D’où viens-tu — que Dieu te fasse miséricorde ! » Elle me répondit : « D’auprès de gens qui répugnent à reposer leur corps sur une couche, et qui prient leur Seigneur avec crainte et désir. » — Et où vas-tu ?, insistai-je. — Vers des hommes « que nul négoce et nul troc ne distraient de l’invocation de Dieu » Décris-les-moi! lui demandai-je. Elle se mit alors à déclamer ces vers:

"Des hommes dont les préoccupations s’attachent à Dieu, et dont les aspirations ne s’élèvent vers personne d’autre. Leur quête est celle de leur Maître et de leur Seigneur, et quelle noble quête que celle de l’Unique, l’Impénétrable! Ils ne se disputent rien de ce bas monde, ni rien de ce qui est excellent, ni nourritures, ni plaisirs, ni progéniture, ni vêtements somptueux et élégants, ni la joie reposante de rester au pays. Ils ne luttent qu’à la poursuite du lieu éternel dont chaque pas les rapproche. Ils courent par les étangs et les vallées, et on les rencontre en nombre sur les hauteurs."