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Presse et Communications

Premier Congrès Imams et Rabbins pour la Paix. Bruxelles 2005

 

 

Cheikh Bentounes Guide spirituel de la Tarika Alawiya

J'ai grand plaisir à me retrouver aujourd'hui parmi vous autour de cette table, symbole de la tente d'Abraham ouverte aux quatre points cardinaux. J'espère, je souhaite que ce rêve qui commence à devenir réalité puisse dans les jours et les mois à venir, prendre corps, âme et esprit dans un monde qui en a bien besoin.

Pour en revenir au sujet de la dignité, je dirais effectivement qu'elle se rattache à la sacralité de la vie. Le Coran nous dit : « nous avons anobli la race humaine », c'est-a-dire tous les hommes sans exception. Le Coran nous dit aussi : « Là où vous vous tournez est la face de Dieu ». Cette face de Dieu est là devant nous. Nous sommes les uns en face des autres et chacun de nous est une lettre de cet alphabet divin. Celui qui veut lire le monde et se lire, celui qui veut comprendre le destin de cette aventure humaine, doit accepter toutes les lettres, celles qui sont droites comme celles qui sont tordues. Chacun de nous, juif, chrétien, musulman, bouddhiste, ou autre, dans la diversité du genre humain – diversité de croyance, diversité philosophique – doit revenir à cette réalité : la dignité d'un être est sacrée. Elle est ce qu'il y a de plus sacré non seulement quand il est devant nous et qu'il vit, mais même quand il est mort.

Un jour le prophète Mohamed était assis avec ses compagnons lorsqu'il aperçut un convoi funéraire. Il se leva, et alors qu'on lui disait : « Oh, Prophète de Dieu, c'est le convoi funéraire d'un juif », Il répondit :

 

 

« Levez-vous, pour honorer le fils d'Adam ». Même si aujourd'hui nous nous référons chacun à une tradition, une fois entre les mains de Dieu nous ne sommes que le fils d'Adam et nous revenons à cette origine première.

Nous, juifs et musulmans, ainsi bien sûr que les Chrétiens, partageons beaucoup de choses et en particulier une même paternité, la paternité abrahamique : Abraham nous a laissé une famille, qui est aujourd'hui divisée. Il y a un siècle, juifs et musulmans s'entendaient bien mieux qu'aujourd'hui et étaient beaucoup plus proches. Entre juifs et musulmans nous avons une destinée commune riche de quatorze siècles d'histoire : nous ne pouvons pas aujourd'hui prendre toute cette histoire et la mettre au rebut, la rejeter, parce que depuis cinquante ans existe le problème israélo-palestinien.

C'est là où la dignité devient un facteur pour nous tous, car il nous faut combattre l'injustice où qu'elle se trouve et rendre la dignité à tout être humain, à tout visage, pour justement guérir et recoudre la blessure qui s'est faite entre juifs et musulmans et les rapprocher. La dignité commande ici à chacun de faire le serment solennel, pas avec les Hommes mais avec Dieu, avec la conscience qu'il a de Dieu, de faire en lui- même, intérieurement, la paix avec l'autre.

A un maître soufi qui leur demandait « Y a-t-il mieux que le bien ? », des disciples répondirent : « Non, il n'y a pas mieux que le bien ». Il leur répondit alors : « Si, faire le bien ». Je conjure donc chacun d'entre nous à contribuer, à son échelle, à son degré, là où il est à faire le bien et pas seulement à en parler.