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Cheikh Khaled Bentounès revisite les textes du Coran et des mystiques soufis sur le voile.
Cheikh Khaled Bentounès , né en 1949, est issu d'une vieille famille de Mostaganem (Algérie) qui compte parmi ses membres nombre de juristes et de théologiens dont le cheikh al-‘Alâwî, son arrière-grand-père, considéré comme un saint. Guide spirituel de la confrérie soufie ‘alâwiyya, le cheikh Bentounès œuvre pour faire partager la dimension spirituelle de l'islam, telle qu'il l'a exposée dans son ouvrage L'Homme intérieur à la Lumière du Coran (Albin Michel). Fondateur des Scouts musulmans de France, il appartient au Conseil français du culte musulman en tant que « personnalité qualifiée ».
Dans l'islam, le voile, autant par sa forme que par la façon dont on le porte, change d'appellation selon les lieux, les pays, les classes sociales,… On peut dire qu'il y a autant de voiles que de régions et, dans certains cas, c'est même l'homme qui se voile et non la femme, comme chez les Touaregs.
La première évocation du voile se trouve dans le Coran où il est écrit : « Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de revêtir leurs mantes ( djilbab ) : d'échapper à toute offense » (verset 59, sourate 3)(1). Certains affirment que ce verset fut révélé à la suite d'un événement qui eut lieu à Médine en l'an V de l'Hégire, lorsqu'une musulmane fut agressée, le coupable l'ayant prise pour une femme aux mœurs légères. Depuis ce jour et la révélation de ce verset, les musulmanes se mirent à porter le djilbab qui les distinguait des autres femmes de Médine. Une autre version attribue le port du voile au calife Omar.
Vêtement et rideau
A notre époque, le mot djilbab (vêtement) est totalement méconnu. Et l'on ignore le plus souvent que le Coran a parlé du djilbab et non du hidjab qui signifie voile, rideau. Le mot hidjab se trouve dans la sourate concernant les femmes du Prophète (sourate 33, verset 53). A l'époque, la maison et la mosquée du prophète Mohamed communiquaient, seulement séparées par un rideau. Le verset spécifie de tirer le hidjab (le rideau) afin de préserver l'intimité des femmes et celle du Prophète, marquant ainsi une nette séparation entre la vie privée et la vie publique. A l'origine le mot hidjab désigne donc un rideau et il a fini par s'appliquer à un vêtement aux couleurs idéologiques que l'on sait.
A aucun moment, il n'est mentionné dans la Charia (droit musulman) la moindre sanction à l'encontre de celles qui ne portent pas le voile. Il ne fait donc pas partie des obligations de la loi. On cite Soukayna, arrière-petite
fille du Prophète, qui faisait scandale car elle
refusait de porter le voile (2).
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Sans oublier que lors du pèlerinage à La Mecque, l'un des cinq piliers de
l'islam au cours duquel hommes et femmes se côtoient, il est exigé que la
femme enlève son voile. Elle ne peut se couvrir ni les mains ni le visage.
Interprétation symbolique
La question du voile a fait l'objet d'un traitement symbolique dans le soufisme, la dimension mystique de l'islam. Le voile de l'ignorance est, selon les soufis, un obstacle sur le chemin de la connaissance. Il empêche l'initié d'atteindre à la connaissance suprême. Dès que le voile se dissipe, la lumière se fait au niveau de la conscience. Cette lumière conduit le chercheur à une nouvelle quête, donc vers une nouvelle lumière. Puis un nouveau dévoilement s'opère, une nouvelle lumière surgit et ainsi de suite… à l'infini. Comme l'exprime un hadith , le contentement en Dieu est une privation » . Ce cheminement consiste donc en un dévoilement, permettant au chercheur d'atteindre la Réalité ultime. A partir du monde matériel, le plus grossier, pour s'élever vers le monde subtil, les étapes successives à franchir vont du monde manifesté ( alam al-mulk ), vers le monde de la lumière ou de l'esprit ( alam al-malakut ) pour enfin aboutir à l'absolue Réalité, le monde divin où l'être rejoint avant de s'y immerger l'océan de l'unicité, principe premier et origine de toute création ( alam al-jabarut ).
Par ce dévoilement successif, l'être réalise qu'il n'y a de réalité que la Réalité Ultime et qu'en dehors d'Elle, tout est éphémère. Pourtant, ces voiles sont nécessaires. La création est le livre ouvert de la connaissance qui conduit par degrés à nous révéler le divin contenu en nous et en toutes choses. Sans voile, rien ne subsiste, hormis Dieu. En revanche, c'est par le voile qui se lève que l'homme apprend peu à peu à aller du visible vers l'invisible, du sensible au subtil.
Dans son Livre des Haltes , en citant le hadith « Dieu a soixante-dix mille voiles de lumière » , l'émir Abd al-Kader (3) dit ceci : « Ce n'est pas la précision du nombre qui compte ici, mais uniquement le fait de leur multiplicité. Les voiles de lumière sont les réalités invisibles et les voiles de ténèbres sont les réalités engendrées. Toutes ces réalités ont en commun d'être des voiles, en ce sens qu'elles aveuglent celui qui est voilé, mais non point le Réel, qu'Il soit préservé de cela ! » .
Pour conclure, il me paraîtrait réducteur de voir une provocation dans chaque femme qui porte le voile. Si son désir est sincère, la musulmane est libre de porter le djilbab , mais, en aucun cas, il ne peut être porté comme une obligation religieuse. Le véritable habit de l'islam est celui de la décence, tout le reste n'est que mascarade.
(1) Traduction Jacques Berque (Albin Michel, 2002).
(2) Femmes en Islam , par Wiebke Walther (Sindbad, 1981)
(3) Tome I (Brill, 1996).
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