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Presse et Communications

Fondation Roi Baudouin/2000:

L'éducation d'éveil a la citoyenneté.

 

 

Evoquer la citoyenneté nous amène tout d'abord à définir l'homme dans ses multiples états contradictoires. En lui existe le positif et le négatif, l'action et l'immobilité; seul l'homme peut créer et détruire, aimer et haïr...

Le but essentiel de l'enseignement soufi est d'arriver à une harmonie, un équilibre entre sa nature originelle et l'Esprit qui le nourrit et l'élève vers la Réalité universelle. Cette éducation d'éveil se base sur trois principes fondamentaux et sacrés.

Le premier, la sacralité de la vie

Toute vie est sacrée, dans le sens où elle a droit au respect et à la dignité; "Sauver une vie, dit le Coran, c'est sauver l'humanité toute entière". Eduquer et éveiller l'homme à protéger la vie, et le mettre en face de ses responsabilités par rapport au pouvoir immense de destruction, de transformation, de domestication, sur les êtres vivants à commencer par ses semblables. Cette prise de conscience doit l'amener à équilibrer ses rapports avec toute la chaîne de la création, dont il est le dernier maillon. Le monde minéral, végétal et animal doit avoir droit, à nos yeux, à la même considération et au même respect que les êtres humains.

Le deuxième, l'épanouissement de la raison

Il est du devoir impératif des parents et de la société de transmettre le savoir et la connaissance afin de développer les potentialités intellectuelles de l'être humain, cela dans le but de faire de lui un élément constructif au sein de la société. Le prophète Mohammed a dit : "Demandez la science du berceau au tombeau".

Troisièmement, l'éducation spirituelle : réconcilier le corps et l'Esprit, éveiller l'homme aux réalités subtiles, l'ouvrir sur l'universalité par la réalisation de l'unité afin qu'il puisse atteindre l'équilibre de son être.

Comment, à partir de ces trois principes, comprendre et vivre la citoyenneté et la démocratie au sein de la société? L'homme fait de chaque jour qui passe un pas vers le terme de sa vie. Ainsi, ici bas, la vie produit la mort. Il ne restera de l'homme que ce qu'il aura engendré : biologiquement, sa descendance; intellectuellement, sa contribution au savoir et à la connaissance pour enrichir et servir l'humanité après lui; matériellement, sa participation au bien-être de ses semblables en faisant de ses biens une richesse partagée. Notre ultime récompense est d'être un citoyen artisan, actif, oeuvrant pour une société de justice, d'égalité et de fraternité pour donner à notre vie éphémère un sens et par là vaincre notre propre mort.

Quant à notre éveil spirituel, il est le lien qui rattache notre vie par delà la mort à l'éternité, source de vie qui donne existence à toute la création. Ainsi notre vie individuelle trouve sa place et sa raison d'être au sein de celle-ci car la valeur réelle d'une civilisation - fut-elle même la plus avancée techniquement - ne se mesure pas à la puissance des moyens matériels qu'elle met au service de l'homme mais bien à la hauteur où elle élève l'âme humaine. Cette élévation de l'âme se mesure à son état de conscience : la somme des valeurs ajoutées de sa quête durant toute une vie.

Plus notre état de conscience grandit, plus l'être que nous sommes s'affine : sa sensibilité s'accroît ainsi que sa créativité. Oeuvrer pour le bien dans la société, au sein de l'humanité, devient une nécessité, un impératif, et non un devoir moral, philosophique ou religieux. Il est alors le salut de l'âme ici-bas sans attendre de récompense future dans l'au-delà, et enfin le chemin fait d'amour désintéressé qui conduit vers la Paix. Si la démocratie est la loi du nombre, plus il y aura de citoyens à la conscience élevée, porteurs de valeurs nobles et universelles, plus l'arbre de la démocratie nourrira de ses fruits les hommes qui trouveront sens et réalité au sein de la société.

L'homme est porteur de son futur. Si la démocratie est née voilà plusieurs siècles avec les Grecs, elle a devant elle l'avenir pour s'affirmer, évoluer selon les besoins de la société humaine. Elle est née de la réflexion humaine et rien ne dit que les hommes de demain n'inventeront pas un système politique encore plus élaboré qui répondra davantage à la soif du besoin de fraternité humaine.