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Dans le monde musulman, la
pratique joue un rôle fondamental. C'est une discipline où se reconnaît le
véritable musulman.
Cette pratique se compose de cinq
parties que l'on nomme les " cinq piliers de l'Islam ". Nous commençons par
la profession de foi (shahâda), qui est la reconnaissance de l'unicité et du
message du Prophète Mohammed (s.s.p.), puis il y a les cinq prière (salât)
rituelles effectuées au rythme de la course solaire. Ensuite, le jeûne du
ramadân, mois lunaire (vingt-neuf ou trente jours), qui se déplace tout au
long de l'année et, au bout de vingt-cinq années, fait le tour des quatre
saisons.
Le quatrième pilier est l'aumône (zakât) et le cinquième (hajj), le
pèlerinage.
La profession de foi
Le premier pilier
est la reconnaissant de l'Unicité. Pour le musulman, tout le rituel repose
sur cette doctrine : " J'atteste
qu'il n' a
pas Je divinité en dehors de Dieu et que Mohammed (s.s.p.) est Son envoyé "
La shahâda scande toute la vie du musulman comme un constant rappel.
Le sens de la
prière
Le deuxième
pilier, la prière, est l'axe ou l'élément essentiel autour duquel tourne
tout le reste. Dans la zaouia ce lieu où de homme et des femme se
rencontrent pour prier Dieu matin et soir, la prière ordonne le programme
quotidien.
Après la shahâda
la prière est le lien (silâh) privilégié entre Dieu et l'homme, et entre
l'homme et Dieu. C'est pour cette raison qu'elle est primordiale. Elle
constitue la clé qui ouvre la voie et purifie le cœur afin qu'il puisse
réfléchir la lumière divine. Celui qui ne prie pas ne peut pas rencontrer
Dieu.
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La prière
dans l'Islam représente un cycle journalier. On commence
la journée par la prière du matin (subh) qui est le symbole du début de
la vie. Ensuite, il y a la prière de midi (duhr), quand le soleil est au
zénith, qu'il n'y a plus d'ombre et que l'homme se trouve en quelque
sorte à
son point
culminant, à son apogée, dans toute sa verticalité.
Puis vient
la prière du milieu d'après-midi ('asr), celle des sages et de la sagesse,
et celle du crépuscule (maghreb) au moment où le soleil, en partant, laisse
une dernière lumière derrière lui.
C'est le moment où la vie de l'homme
quitte progressivement cette terre. En pénétrant dans la nuit, nous entrons
dans un monde parallèle que nous ne connaissons pas. |

Cheikh Khaled en prière à Djakarta en
Indonésie |
La cinquième et
dernière prière est celle de la nuit ('ichâ) qui nous apprend que,
dans
l'autre monde aussi, la prière existe. Ce cycle est réglé afin que chaque
étape de notre vie soit en liaison, en communication constante avec Dieu.
Musulmans et
musulmanes sont donc tenus d'effectuer les cinq prières quotidiennes. Etant
donné que je reconnais que Dieu est Un et que le message qui a été apporté
par le Prophète Mohammed (s.s.p.) est véridique, je fais en sorte que cette
Unicité demeure constante et perpétuelle dans ma vie de tous les jours.
La prière sera le
moyen pour m'aider à atteindre ce but. Elle me permet de communiquer avec
cette Unicité et, comme la shahâda, elle en est le rappel constant. Ces cinq
prières réparties tout au long de la journée sacralisent le temps et
imprègnent toute la vie du musulman. Bien sûr, l'habitude intervient et
donne à la prière sa force ou sa faiblesse. En réa- lité, l'efficacité de la
prière dépend de l'attitude intérieure de l'individu. Comment va-t-il prier
? A quel niveau ? Par habitude ? Dans un élan du cœur ? Par intérêt ? etc-
Dans la tradition du tasawwuf, le rôle de la prière est de nous placer
chaque fois face à Dieu.
Comme l'a dit le
Prophète (s.s.p.) : " Prie Dieu comme si tu Le voyais, car si toi tu ne Le
vois pas, sache que Lui te voit. " Si nous n'avons pas cette faculté,
cette intention, cette force et cette clairvoyance pour pouvoir Le voir,
alors ayons la foi et la conscience que Lui est en train de nous voir... et
que chacun de nos actes, chacune de nos paroles et de nos pensées expriment
devant Lui. Si tel est notre état d'esprit, la prière prend alors une
ampleur extraordinaire.
Elle nous
transporte d'un monde temporel, d'un quotidien souvent difficile à vivre,
vers une rencontre sacrée. C'est un moment salutaire pendant lequel l'homme
se
sent dans la
Présence. Car comment pourrions-nous être présents devant Dieu sinon par Lui
? C'est cela qui donne cette importance et cette force considérable à la
prière. Comme l'a si bien exprimé le cheikh Hajj 'Adda :
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La prière,
c'est le miroir ineffaçable
où
se mire le Dieu suprême.
Chacun peut
Le voir selon la clarté
de son propre
cœur : ainsi, lorsque
la lune
apparaît à son premier
jour de
ramadan ceux qui ont
la vue claire
la distinguent
nettement
tendis que les
autres
restent dans le doute.
Ah! La
tristesse du doute ; celui
qui n'a pas
vu ne peut même pas
dire qu'elle
n'existe pas.
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Tout le sens de
la prière se révèle par ailleurs dans cette parole du Prophète (s.s.p.) : " Fais la prière [de l'adieu] comme si tu la faisais pour la dernière fois. " Cela signifie que nous devons prier de manière aussi consciente que
possible, sans habitude. Je prends conscience que je suis en relation, en
dialogue avec l'Absolu. Chaque fois que je me présente devant Lui, Je me
prosterne et je me soumets. C'est un rappel constant.
Entre chaque
prière, comment l'homme va-t-il employer son temps ? Que va-t-il faire pour
rencontrer Dieu ou s'en éloigner ? Quel rôle aura-l-il joué ? Quel acte
aura-t-il commis ? Il devient en effet difficiles entre deux prière, de
commettre un acte perturbateur, un acte qui ôte ou diminue cette énergie, la
force de ce désir, de cette communion. Chaque prière permet en quelque sorte
de faire le bilan de sa conscience, de ses actes, jusqu'au moment où elle
devient une nourriture dont nous ne pouvons plus nous passer.
Éffectivement,
lorsque nous y avons pris goût, nous sommes perturbés si nous ne pouvons
l'effectuer, cela crée un déséquilibre ; nous ne nous sentons pas bien,
notre temps n'est pas réglé. Sacraliser le temps transforme l'homme qui ne
vit plus seulement pour travailler, manger... mais aussi pour prier. Cela
fait partie integrante de son temps.
La prière est un
moyen pour le pratiquant de s'élever et de progresser, car une discipline
basée sur le désir de se prosterner et de communiquer avec Dieu transcende
l'homme et le protège des abus et des égarements qui peuvent naître en lui.
La prière est
l'outil de la transformation spirituelle qui va s'opérer. Elle est une clé
qui permet à l'homme, dès qu'il a atteint une étape, de franchir la suivante,
à l'image de celui qui, chaque jour, avec un burin et un marteau, frappe sur
une pierre qui, quelle que soit sa dureté, finira par céder. Même s'il ne
l'entame que de quelques millimètres, il finira par créer ce passage et par
pouvoir aller de l'autre côté. A force de persuasion et de discipline, il
obtiendra un résultat, avec cette promesse de vivre un état meilleur que
celui dans lequel il se trouve. L'homme n'est pas réduit à l'impuissance, il
ne se trouve pas bloqué devant un mur, soumis aux aléas du temps.
Par la prière, il
est à même de provoquer une dynamique qui le porte et l'éveille chaque jour
davantage ! Cette assiduité ne
vient
qu'avec la maturité. En effet, lorsque l'homme a goûté l'effet bénéfique de
la prière, alors elle devient une nécessité.
Comme nous
prenons le temps de nous arrêter pour manger, il devient aussi indispensable
de s'arrêter pour goûter cette délicate nourriture de l'âme.
Elle possède
aussi d'autres actions, visibles et invisibles. Elle rejaillit sur l'hygiène
car, à chaque prière, nous devons faire des ablutions. Se laver avec de
l'eau, c'est aussi, sur un plan symbolique, enlever quelque chose d'impur en
nous. Nous ôtons quelque chose de négatif, une impureté, afin de nous
présenter devant l'Absolu.
Par ailleurs,
elle joue un rôle social important au sein de la communauté. Les riches, les
pauvres, les savants, les ignorants se retrouvent sur le même rang. C'est un
échange fraternel, puisque les fidèles sont appelés à se rencontrer cinq
fois par jour. S'il y a un absent ou un malade, on demande de ses nouvelles.
Si quelqu'un a des problèmes, on est informé.
Dans l'Islam,
elle est un moyen pour la communauté musulmane de vivre un moment sacré qui
ramène le monde terrestre à cette ouverture, à cette rencontre avec le monde
céleste. C'est comme si vous étiez dans le Sahara et qu'en regardant
l'horizon vous remarquiez que la terre et le ciel se touchent. C'est par la
prière que nous parvenons peut-être à cette perception de nous et de
l'Iinconnaissable, de nous et du Divin. Par cet acte, quelque chose se
produit que nous ne pouvons nommer mais simplement sentir, vivre. Nous
sommes le témoin d'une expériece, pour nous-mêmes et pour les autres.
Le lieu de la
pratique importe peu. Puisque le Prophète
(s.s.p.)
priait aussi bien à cheval qu'à dos de chameau, cela nous laisse la
possibilité de l'accomplir à tout moment et dans n'importe quelle
circonstance, même en avion, en train, puisque c'est l'intention qui compte.
On peut d'effectuer en position assise. Il n'y a pas la nécessité de la
gestuelle : elle peut être symbolisée en fermant les yeux, en inclinant un
peu la tête. Comme l'a dit le cheikh al-Aawi : mieux vaut une prière sans
génuflexion, qu'une génuflexion sans âme. Le but étant plus loin que le
moyen, pleurons sur ceux qui ne s'arrêtent qu'à ce dernier.
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