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L'Islam

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QU'EST-CE QUE L'ISLAM ?

 

 

 

 Qu'est-ce que l'Islam ? On pourrait répondre d'un seul mot : la prière, à condition de l'entendre comme désignant,   au-delà des actes cultuels, l'engagement de l'homme tout entier.

Et telle est bien la signification du terme islâm qui provient du verbe aslama : << s'en remettre, s'abandonner >> (à Dieu).

L'étymologie se rattache également à la paix (salâm). Ainsi se reconnaissent entre eux et se saluent les musulmans:  << Que la paix soit avec toi ! >>, cette remise confiante émane de la Paix et conduit à Elle.

Alors que les grandes religions du monde portent le nom de leurs fondateurs -Christianisme, Bouddhisme, Zoroastrisme - ou celui du pays où elles ont pris naissance - Judaïsme, Hindouïsme -, l'Islam se définit essentiellement comme une attitude à l'égard du Créateur et, partant, des créatures. Deux conceptions devront donc être retenues.

En premier lieu, le terme islâm s'applique à la religion fondamentale de l'être humain, c'est-à-dire à sa capacité innée de reconnaître ce qui le relie à Dieu. Créé à Son image, il est  << capable de Dieu >> : il existe, au tréfonds de lui-même, la possibilité de s'en approcher, de témoigner de la confiance en Son amour et Sa miséricorde.

Il nous est dit dans le Coran (VII, 172) que le Seigneur, interrogeant dans la pré-éternité les germes de l'humanité (future) encore en Adam incréé, leur demanda : << Ne suis-Je pas votre Seigneur ? >> Ils répondirent << Mais oui ! Nous en témoignons [1]. >> Et c'est à ce pacte primordial que se rattache la vassalité, la dépendance de la race adamique envers Celui qui l'a fait sortir du néant.

Le Livre sacré de l'islam déclare que tout être célèbre les louanges de Dieu,

 << l'oiseau en étendant ses ailes, l'arbre en projetant son ombre >>, mais que nous ne comprenons pas leur langage. La raison d'être de la Création, nous est-il encore rappelé, est l'adoration du Dieu Un.

Mais si la Création toute entière Le glorifie - c'est-à-dire fait acte d'islâm en obéissant à la loi de son être propre (la pierre tombe, le feu brûle, la planète tourne) -, seul l'homme est libre de prier. En cela réside le tragique et la grandeur de sa condition. Son éminente dignité tient à la responsabilité qui lui est conférée de jouer le rôle de "lieutenant'', de "calife'' de Dieu sur la terre, de coopérer â l'oeuvre de Sa volonté sainte. Car la prière est aussi agir.

Notons au passage combien est erronée l'accusation de "fatalisme'' portée si souvent contre l'Islam, puisque toute âme doit répondre de ses actes devant la justice divine. Ce qui implique, en outre, qu'il ne peut exister << de contrainte en matière de religion >>, comme l'affirme avec force le Coran II, 256).

La deuxième acception du terme islâm, c'est la religion de la communauté fondée au VIIe siècle de l'ère chrétienne par Muhammad, considéré par le milliard de musulmans existant aujourd'hui dans le monde comme un Envoyé, un Messager de Dieu, chargé de transmettre Sa Parole. Cette Parole s'incarne dans un Livre révélé : le Coran. Si le Christianisme se réfère à une personne, c'est sur une écriture sacrée que se fonde l'Islam. Ici encore, il convient de faire justice d'une erreur trop répandue : c'est un véritable contresens que de parler de "Mahométans'' puisque aucun culte n'est rendu à Muhammad, Prophète certes, mais homme comme chacun de nous. C'en est une autre que d'appeler l'Islam "religion des Arabes", ceux-ci ne représentant, sur une aire territoriale qui s'étend de Tanger à Lahore, du Caire à Djakarta, que un huitième environ de cette communauté de près d'un milliard d'hommes.

Selon quels critères les musulmans vont-ils voir dans le Coran une révélation d'origine divine ? Tout d'abord, l'authenticité scripturaire du Livre saint, à la différence de toutes les autres Ecritures, n'a jamais été contestée, même par les adversaires les plus acharnés de l'Islam.

En effet, qu'il s'agisse de l'Ancien Testament ou des Evangiles - sans parler des Védas, des Upanishads, des   Ecritures bouddhiques, etc. -, nous ne disposons que de manuscrits tardifs et parfois traduits. C'est ainsi que les manuscrits des évangiles dont nous disposons ne datent, à l'exception d'un petit fragment de celui de saint Jean, que du IVe siècle (en faisant, bien entendu, abstraction de la Tradition vivante au sein des communautés chrétiennes).

En ce qui concerne la Bible, ses livres ont été rédigés à différentes époques. On ne peut écarter la possibilité de divergences et d'interpolations. Au contraire, les manuscrits   du Coran datent du temps du Prophète lui-même et ne diffèrent pas d'un seul point entre eux ; l'exemplaire du Caire, celui d'Istanbul, celui de Médine et bien d'autres sont rigoureusement identiques et contemporains du tout début de l'Islam.

Il est donc possible au croyant de se fonder sur leur lettre, sans avoir recours à une interprétation humaine ou à une tradition orale ; le musulman doit lire le Coran comme s'il lui était révélé à lui-même, en appliquant à cette lectio divina toutes les ressources de son intelligence et de sa culture et en implorant la grâce de Dieu, pour l'éclairer dans cette tâche. Il n'y a dans l'Islam ni Eglise, ni clergé, ni conciles, et les savants ne sont consultés, le cas échéant, que pour éclaircir, en leur qualité de jurisconsultes,   l'application requise d'un point de droit à un cas particulier. Le musulman sera donc son propre officiant : il n'existe pas d'intermédiaire entre Dieu et lui, sauf la Révélation qu'il méditera et dont il s'efforcera de pratiquer les commandements.

Quant aux diverses interprétations données au texte coranique, elles resteront inscrites dans le cadre précis de ce texte et ne  représenteront donc que des conceptions plus ou moins élaborées ou raffinées, ne pouvant jamais contredire le donné scripturaire, qui seul fait foi. Ces interprétations  n'auront donc jamais à porter sur le dogme,   mais sur des aspects secondaires, sur la façon de comprendre   une métaphore ou un symbole. C'est ainsi que le croyant le plus illettré ne s'écartera pas - ne peut s'écarter - du donné révélé, mais qu'il prendra peut-être au ras du sens obvie les descriptions d'un Paradis rempli d'ombrages et d'eaux vives, tandis que le philosophe n'y verra que des symboles de la Béatitude éternelle.

En présence d'un texte sûr et reconnu, la question essentielle  demeure quant au fond : comment affirmer qu'il ne s'agit pas là d'une œuvre purement humaine ? La personnalité du Prophète, sa parfaite loyauté attestée par ses pires ennemis, permet d'écarter a priori l'imposture.

    On comprendrait difficilement son courage à supporter  les pires épreuves pour témoigner de sa mission qui ne lui valut, en fin de compte, que de grandes souffrances.

<< Jamais homme, a-t-on dit de lui, ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : saper les superstitions interposées entre la création et le Créateur, rendre Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, restaurer l'idée rationnelle et sainte de la Divinité dans ce chaos de dieux  matériels et défigurés de l'idolâtrie.

<< Jamais homme n'entreprit, avec de si faibles moyens, une œuvre si démesurée aux forces humaines, puisqu'il n'a eu, dans la conception et dans l'exécution   d'un si grand dessein, d'autres instruments que lui- même et d'autres auxiliaires qu'une poignée de barbares dans un coin du désert.

<< Enfin, jamais homme n'accomplit en moins de temps une si immense et si durable révolution dans le monde puisque, moins de deux siècles après sa prédication,   l'Islam prêché et armé régnait sur les trois Arabies, conquérant à l'Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, le Caucase, l'Inde occidentale, la Syrie, l'Egypte, l'Ethiopie, tout le continent connu de l'Afrique septentrionale, plusieurs îles de la Méditerranée, l'Espagne et une partie de la Gaule.

<< Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens et l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n'ont remué que des armes, des lois, des empires ; ils n'ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armes, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d'hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué de plus des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un   Livre, dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toute langue et de toute race, et il a inspiré, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu Un et immatériel. Ce patriotisme vengeur des profanations du ciel fut la vertu des enfants de Mahomet ; la conquête du tiers de la terre à son dogme fut son miracle, ou plutôt ce ne fut pas le miracle d'un homme, ce fut celui de la raison. L'idée de l'Unité de Dieu, proclamée dans la lassitude des théologies fabuleuses,   avait en elle-même une telle vertu qu'en faisant explosion sur les lèvres, elle incendia les vieux temples des idoles et alluma de ses lueurs un tiers du monde.

<< Sa vie, son recueillement, ses blasphèmes héroïques contre les superstitions de son pays, son audace à affronter   les fureurs des idolâtres, sa constance à les supporter quinze ans à La Mecque, son acceptation du rôle de scandale public et presque de victime parmi ses compatriotes,  sa fuite enfin, sa prédication incessante, ses guerres   inégales, sa confiance dans les succès, sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d'idée, nullement d'empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau...

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, conquérant d'idées, restaurateur de dogmes, fondateur de vingt empires terrestres et d'un empire spirituel, voilà Mahomet.

<< À toutes les échelles où l'on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? >> Ce vibrant hommage, ce n'est pas à un musulman qu'il est dû, mais à Alphonse de Lamartine, dans son Histoire de la Turquie, II.

C'est pourquoi, depuis plus de treize siècles, tous les musulmans évoquent avec gratitude, dans leurs oraisons,    le Messager de Dieu. Evoquent, et non invoquent, car on ne prie que le Seigneur seul.

La véritable stature du Prophète est généralement ignorée   en Occident, tant du   fait des polémique anciennes que de la difficulté rencontrée souvent par un non-muslman   pour comprendre, en raison de son engagement dans des activités sociales, politiques, économiques, son rôle d'archétype de la vie spirituelle. Non seulement il consacra toute sa vie, au prix des pires difficultés, à témoigner de sa certitude d'avoir reçu de Dieu une Révélation - le Coran - dont il se fit le fidèle transmetteur, mais il dut jouer le rôle de législateur et de chef de la Communauté.

Le seul miracle revendiqué par l'Islam réside en cette Révélation même. Né à La Mecque, en 570 de l'ère chrétienne,   Muhammad était orphelin, illettré et pauvre. Il travaillait   comme caravanier. Sa famille était dans l'ensemble idolâtre, comme c'était le cas pour les Mecquois moyens.

Cependant, il cherchait autre chose et avait coutume de se livrer à la retraite dans une grotte des environs de La Mecque.

  C'est là, après des années, à l'âge de quarante ans (en 610) que lui vint une Révélation divine : << Lis, au Nom de ton Seigneur... >> (Coran, XCVI, 1). Mais Muhammad protesta qu'il ne savait pas lire. Durant vingt-trois années, ces révélations allaient se succéder à des intervalles variables,   par fragments qui furent ensuite réunis pour constituer   le Coran, le Livre saint de l'Islam. Celui-ci se présente aujourd'hui comme un volume composé de 114   chapitres ou sourates, de longueur inégale, dont le texte a été l'objet, très tôt, d'une recension ne varietur.

Aucune traduction ne peut rendre la beauté inimitable de la langue du Coran : elle n'a jamais été égalée et, encore actuellement, sert de modèle. Par ailleurs, l'unité profonde, la logique interne sous-jacente à l'émiettement des révélations   au cours de deux décennies paraît, à vue humaine, inexplicable. En effet, au fur et à mesure de la << descente >> de ces versets, chaque fragment fut classé dans tel ou tel chapitre parmi ceux qui restaient inachevés, à un endroit déterminé, conformément à un plan à la fois littéraire et logique : de la prophétie à l'apostolat ; de l'appel adressé aux proches, puis à la Cité ; le premier appel étant l'avertissement donné à Muhammad qu'il va recevoir un enseignement divin, le dernier étant l'annonce de la fin de sa mission, très peu de temps avant sa mort.

Il existe au Caire un très curieux et émouvant << Coran >> : c'est la première dictée faite à Alî, cousin et gendre du Prophète (ce dernier, nous l'avons dit, ne savait ni lire ni écrire). Il s'agit de morceaux de peau de gazelle, de formes et de tailles diverses, sur lesquelles ont été notés << au vol >>, pourrait-on dire, ces versets au fur et à mesure qu'ils étaient inspirés. Et l'on perçoit, de façon sensible, la spontanéité de ces paroles transcrites sur le vif. Ce sont ces innombrables fragments qui furent ensuite rassemblés dans un ordre indiqué par le Prophète lui-même.

La Parole de Dieu, nous l'avons dit, dans le Christianisme, c'est le Christ ; dans l'islam, c'est le Coran. Les mystiques musulmans ont comparé la nature illettrée du Prophète à la virginité de Marie, Mère de Jésus. << Si ton âme est assez pure et assez pleine d'amour, écrit Rûmî, elle devient comme Marie, elle engendre le Messie. >> Et Hallâj :   << Nos consciences sont une seule Vierge où seul 1'Esprit   de Vérité peut pénétrer. >> L'âme, réceptacle de la Parole divine, doit être entièrement passive, pure, abandonnée,   sans intervenir par elle-même. C'est ainsi que le Prophète de l'islam reçut et transmit le Message qui lui était confié, sans faire écran, sans rien lui ajouter.

 

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