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Il vivait
au temps du Prophète, mais fut empêché de le voir, tout d'abord par
l'extase qui le dominait, et ensuite par son devoir envers sa mère.
Le
Prophète dit aux Compagnons : « Il y a un homme à Qaran, appelé Uways
qui, à la Résurrection, intercédera pour une multitude de ma communauté,
autant que les moutons de Rabi'a et Mudar. » Puis, se tournant vers 'Umar
et 'Alî, il dit : « Vous le verrez c'est un homme de taille moyenne,
chevelu ; sur son côté gauche, il y a une tache blanche, grande comme un
dirham, qui ne provient pas de la lèpre, et il a une tache semblable sur
la paume de la main. Quand vous le verrez, donnez-lui mon salut, et
demandez-lui de prier pour ma communauté. »
Après la
mort du Prophète, 'Umar se rendit à La Mecque, et cria au milieu d'un
sermon : « Ô homme de Najd, y a-t-il des natifs de Qaran parmi vous ? »
Ils répondirent : « Oui » ; sur quoi 'Umar les fit venir et les
interrogea au sujet d'Uways, ils dirent : « C'est un fou qui demeure
dans la solitude et ne s'associe à personne. Il ne mange pas ce que
mangent les hommes, et il ne connaît ni joie, ni chagrin. Quand les
autres sourient, il pleure, et quand les autres pleurent, il sourit. » 'Umar
dit : « Je désire le voir ». Ils répondirent : « Il vit dans un désert,
loin de nos chameaux. » 'Umar et 'Alî partirent vers lui et le
trouvèrent en train de prier.
Ils
attendirent qu'il ait terminé. Il les salua et leur montra les marques
sur son côté et sur la paume de sa main. Ils lui demandèrent sa
bénédiction et lui apportèrent le salut du Prophète et lui demandèrent
de prier pour la communauté musulmane. Après qu'ils furent restés avec
lui pendant un temps, il dit : « Vous avez pris la peine de venir me
voir; à présent, retournez, car la Résurrection est proche, et nous nous
reverrons là, sans avoir besoin de nous dire adieu. A présent, je suis
occupé à me préparer pour la Résurrection. »
Quand les
hommes de Qaran revinrent chez eux, ils témoignèrent un grand respect à
Uways. Il quitta son lieu de naissance et vint à Kûfa. Un jour, il fut
aperçu par Harim ibn Hayyân, mais ensuite personne ne le vit plus
jusqu'à la période des malheurs de la guerre. Il se battit pour 'Alî, et
tomba martyr à la bataille de Siffîn. « Il a vécu pur et est mort
martyr. » On rapporte qu'il disait : « La sécurité se trouve dans la
solitude parce que le cœur du solitaire est libéré de la pensée des
autres et, en aucune circonstance, il n'espère quelque chose des
hommes. » Que nul ne s'imagine, toutefois, que la solitude consiste
seulement à vivre seul. Tant que le Démon s'associe au cœur d'un homme,
et que la passion sensuelle règne dans son sein, et qu'une pensée
quelconque de ce monde-ci ou de l'autre lui advient de manière à le
rendre conscient du reste des hommes, il n'est pas vraiment dans la
solitude ; étant donné que c'est exactement la même chose qu'il prenne
plaisir à la chose elle-même ou à la pensée de cette chose.
En
conséquence, le véritable solitaire n'est pas dérangé par la compagnie,
mais celui qui est perturbé cherche en vain à se libérer des pensées en
s'isolant, Afin d'être séparé des hommes, on doit devenir intime avec
Dieu ; et celui qui est devenu intime avec Dieu n'est pas blessé par les
relations humaines.
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