|
Il alla
rendre visite à Uways Qaranî, mais, en arrivant à Qaran, il apprit qu'Uways
n'était plus là. Profondément désappointé, il retourna à La Mecque, où
il apprit qu'Uways vivait à Kûfa. Il s'y rendit, mais ne le trouva pas.
A la fin, il partit pour Basra et en route, il vit Uways, vêtu d'un froc
rapiécé, accomplissant ses ablutions au bord de l'Euphrate. Aussitôt
qu'il vint de la rive du fleuve en peignant sa barbe. Harim s'avança à
sa rencontre pour le saluer ; Uways dit : « Que la paix soit sur toi,
ô Harim ibn Hayyân ! » Harim s'écria : « Comment sais-tu que je suis
Harim ? » Uways répondit : « Mon esprit connaît ton esprit. » Il dit à
Harim : « Surveille ton cœur », c'est-à-dire : garde ton cœur de toute
pensée concernant les autres.
Cette
parole a deux significations :
1.
« Rends ton cœur obéissant à Dieu par l'ascèse »;
2.
« Rends-toi obéissant à ton cœur ».
Ce sont
là deux principes importants. C'est l'affaire des disciples de rendre
leurs coeurs obéissants à Dieu afin de les purifier de la familiarité
avec les désirs et les passions vaines, et de les éloigner des pensées
impures, et de les attacher aux moyens d'obtenir la santé spirituelle, à
observer les prescriptions religieuses, et à contempler les signes de
Dieu, de sorte que leurs coeurs puissent devenir la demeure de l'amour.
Se rendre
obéissant à son propre cœur, c'est l'affaire des hommes parfaits, dont
Dieu a illuminé le cœur par la lumière de la Beauté, et libéré de tous
les moyens et causes, et revêtu de la robe de la proximité et ainsi leur
a révélé Ses bontés, et les a choisis pour Le contempler et être près de
Lui ; aussi a-t-il rendu leurs corps en accord avec leurs coeurs. Ceux
de la première catégorie sont les maîtres de leurs coeurs, ceux de la
deuxième sont sous l'emprise de leurs coeurs ; les premiers conservent
leurs attributs, les seconds les ont perdus.
La vérité
en cette matière repose sur les paroles de Dieu : « A l'exception de
ceux de Tes serviteurs qui sont purifiés (mukhlasîna) »
(Coran, XV, 40). Certains lisent mukhlisîna au lieu de mukhlasîna. Le
mukhlis (purifié) est passif, et a perdu ses attributs. Ceux de la
seconde catégorie, qui accordent leur corps et leur coeur, et dont le
coeur demeure dans la contemplation de Dieu, ont un rang plus élevé que
ceux qui, par leurs propres efforts, font obéir leur cœur aux
commandements de Dieu. Ce sujet est fondé sur les principes de la
sobriété et de l'ivresse et sur ceux de la contemplation et de l'ascèse.
|