Biographie des Saints

 

Abû Sa'îd al-Hasan ibn  Abû al-Hasan Yassâr Basrî

Certains ont appelé son aïeul Abû Muhammad. Il est tenu en grande estime par les soufis. Il a donné des indications subtiles concernant les relations humaines. J’ai lu dans les " Anecdotes " qu'un bédouin vint le voir et l'interrogea sur la patience. Hasan répondit : « Il y a deux patiences ; celle qu'on a dans l'infortune et  l'affliction, et celle dont on  s'arme pour  s'abstenir de ce que Dieu nous a interdit. » Le bédouin dit : « Tu es un ascète ; je n'ai jamais vu quelqu'un de plus ascète ni de plus patient que toi. - Ô bédouin ! S’écria Hasan, mon ascétisme n'est rien que désir, et ma patience n'est rien que manque de force d'âme. » Le bédouin le supplia d'expliquer cette parole, « car, dit-il, tu as troublé ma foi ». Hasan répondit : « Ma patience dans l'infortune et ma soumission manifestent ma peur du feu de l'enfer, et ceci est un manque de force d'âme (jaza') : et mon ascétisme en  ce monde est un désir pour l'autre monde, et c'est là la quintessence  du désir. Combien  excellent est celui qui ne pense pas à son propre intérêt, de telle sorte que sa patience est pour l'amour de Dieu, non pour échapper à  l'enfer; et son ascétisme est pour  l'amour de Dieu, non en vue  d'aller au paradis ! »

 

Et on rapporte qu'il a dit : « L'association avec les méchants engendre le soupçon des bons. » Cette parole est très juste et convient aux hommes de notre époque qui, tous, ne croient pas aux amis honorés de Dieu. La raison de ce manque de confiance est qu'ils fréquentent de prétendus soufis, qui n'en ont que l'apparence et comme ils s'aperçoivent que leurs actions sont perfides, leurs langues fausses, leurs oreilles écoutant des paroles vaines, leurs yeux regardant les appas sensuels, et leur ardeur consacrée à amasser des richesses illicites et convoitées, ils s'imaginent que les aspirants au soufisme se conduisent de la même façon, ou que telle est la doctrine du soufisme même, alors qu'au contraire, les soufis agissent en obéissant à Dieu, et leur langue répète la parole de Dieu, et leurs oreilles écoutent les préceptes de la Loi religieuse (sharia) et leurs yeux contemplent la Beauté divine, et toutes leurs pensées sont attachées à connaître les mystères sacrés au lieu où la vision leur est accordée. Si de mauvaises gens sont apparues parmi eux, et ont adopté leurs pratiques, le mal incombe à ceux qui l'ont commis. Quiconque s'associe avec des hommes pervers le fait à cause de sa propre perversité, car il s'associerait avec des hommes de bien s'il se trouvait quelque bien en lui.

Chacun cherche qui lui ressemble et il est lui-même responsable des compagnons qu'il choisit. Les gens qui critiquent les soufis sont les pires, car, au lieu des vrais soufis, ils ont choisi de prétendus soufis et ils les ont considérés comme leurs modèles.