|
Il est
réputé chez les cheikhs soufis pour la subtilité de ses paroles et sa
connaissance des vérités spirituelles, et il a écrit des traités
célèbres sur le soufisme. On rapporte qu'il disait : " Quiconque connaît
Dieu se détourne de tout le reste. " Le mystique ('ârif) abandonne tout
ce qui est autre que Dieu; il se sépare de toutes les choses terrestres,
parce que sa connaissance (ma'rifa) est pure nescience (nakira), étant
donné que la nescience est englobée dans sa connaissance, laquelle fait
partie de sa nescience. Aussi le mystique est-il loin des hommes ; il
ne pense pas à eux ; il est uni à Dieu. Les autres n'ont pas de place
dans son cœur quand même son attention serait attirée par eux, et leur
existence n'a pas de valeur pour lui, quand même il attacherait son
esprit à se souvenir d'eux.
Et l'on
rapporte qu'il a dit : « Il n'y a pas de véritable pratique religieuse
sans repentir, parce que Dieu a placé le repentir avant la pratique
religieuse, et a dit : " Ceux qui reviennent à dieu " et "
Ceux qui se livrent à des exercices de piété " (Coran, IX, 112).
Le
repentir (tawba) est la première étape sur cette voie, et la pratique ('ibâdât)
est la dernière. Quand Dieu a parlé de ceux qui désobéissent, Il les a
appelés au repentir et a dit : " Revenez tous à Dieu " (Coran,
XXIV, 31). Mais quand Il a parlé du Prophète, Il a fait allusion à son
état de serviteur ('ubûdiyya) et a dit : " Et Il révéla à son
Serviteur ce qu'il lui révéla " (Coran, LIII, 10). »
J'ai lu
dans les " Anecdotes " que Dawûd Tâ'î vint chez Ja'far Sâdiq et lui dit
: « Ô, descendant de l'Envoyé de Dieu, conseille-moi, car mon esprit
est obscurci. » Ja'far répondit : « Ô Abû Sulaymân, tu es l'ascète de
ton époque : quel besoin as-tu que je te donne un conseil ? » Il
répondit : « Ô descendant du Prophète, ta famille est supérieure à toute
l'humanité, et Il t'incombe de donner des conseils à tout le monde. - Ô
Abû Sulaymân, s'écria Ja'far, je crains qu'à la Résurrection mon aïeul
se saisira de moi, disant : " Pourquoi n'as-tu pas rempli l'obligation
de suivre nos traces ? " Ce n'est pas un problème qui dépende d'une
parenté sûre et authentique, mais de la bonne conduite en présence de
Dieu. » Dawûd Tâ'î se mit à pleurer et s'écria : « Ô Seigneur Dieu, si
celui dont l'origine est la famille du Prophète, son aïeul le Prophète,
et dont la mère est Fâtima, est troublé par la perplexité, qui suis-je
pour être satisfait de mon comportement envers Dieu ? » Un jour, ja'far
dit à ses serviteurs : « Allons, faisons le pacte que celui d'entre nous
qui sera sauvé au Jour de la Résurrection intercédera pour tous les
autres. » Ils dirent : « Ô descendant de l'Envoyé de Dieu, comment
peux-tu avoir besoin de notre intercession puisque ton aïeul intercédera
pour toute l'humanité ? » Ja'far répondit : « Mes actions sont telles
que j'aurai honte de regarder mon grand-père en face au dernier Jour. »
Voir ses propres fautes est une qualité de perfection, et elle
caractérise ceux qui sont établis en la présence divine, qu'ils soient
prophètes, saints ou envoyés. Le Prophète a dit : « Quand Dieu souhaite
du bien à un homme. Il lui montre ses fautes. » Quiconque courbe la
tête avec humilité, comme un serviteur, Dieu exaltera son état dans les
deux mondes.
Si je
voulais mentionner tous les membres de la famille du Prophète et leur
noble conduite, ce livre et des dizaines d'autres ouvrages ne
suffiraient pas pour contenir le dixième de ce qu'il conviendrait de
dire. Pour les gens intelligents, qui sont capables de comprendre, ce
que j'ai rapporté suffira.
|