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Quand il vint se recueillir
devant le tombeau de Sidi Aboû Madian, près de Tlemcen, en 1359, Aboû'l
'Abbâs Ahmed, sultan déposé de Constantine, s'engagea par serment à ne
rendre le mal que par le biens.
Cette attitude, peu
fréquente chez les chefs de cette époque troublée, montre que le culte
des saints n'est pas simplement superstition grossière.
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Le petit
village de Sidi-Boumédine, sur les pentes de la montagne boisée, après
les grands cimetières de Tlemcen, est visité par de nombreux pèlerins.
Trois fois par an y monte le cortège pittoresque et bruyant des
confréries, avec des étendards de soie, des bendîr, des ghaïtas, et
de belles danses extatiques. Dans le plus harmonieux des paysages,
le site dégage une grande noblesse spirituelle. lbn Khaldoûn y fit
retraite au cours de sa vie aventureuse et professa dans la médersa
voisine en 1369. Les prières qu'on y fait rapprochent de Dieu, dit
l'auteur de la çalouat al-anfâs. Les poètes, comme Ibn Khamîs et
El-Qaïsî, ont chanté les jardins, les vergers et les ruisseaux qui
entourent une tombe dont la visite est profitable pour ce monde et
pour l'autres. Les meilleurs artistes almohades et
mérinides ont travaillé au sanctuaire et à la célèbre mosquée qui
lui est attenante. |

Village et mausolée de Sidi Abou Madian
- Tlemcen
(Algérie)
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Aboû Madian
Chou'aïb ben al-Housayn al-Ançârî naquit dans la région de Séville vers
520/1126, d'une famille d'origine arabe modeste. Orphelin de bonne heure, il fut
élevé par des frères aînés, gardant leurs troupeaux avant d'apprendre le
métier de tisserand. Quand il voyait quelqu'un lire, il s'approchait de
lui et ressentait une angoisse de ne pouvoir en faire autant ; lorsqu'il
passait devant une mosquée ou une école, son cœur palpitait. Il
s'échappait pour aller au cours des professeurs. Ses frères étaient
opposés à cette vocation. L'un d'eux le menaça un jour de son épée ; Chou'aïb para le coup avec son bâton, et le fer se brisa. Interdit, le
frère le laissa aller.
Le jeune homme rencontra un
vieillard presque nu, qui pêchait à la ligne, avec un clou tordu au bout
d'une ficelle et qui lui conseilla d'aller étudier à la ville. Chou'aïb
traversa le détroit, vécut à Tanger et à Ceuta avec les pêcheurs, se
rendit à Marra- kech, puis à Fès, où il se fixa un certain temps et
finit par trouver ce qu'il cherchait après s'être assis dans maint et
maint cercle d'étudiants. C'est d'Aboûl-hassan ibn Harzihim (mort à Fès
en 559/1165) qu'il reçut pour la première fois un enseignement vivant,
car ce maître touchait l'esprit et le cœur, non seulement les oreilles.
Par lui, Chou'aïb prit contact avec les écrits des soufis, spécialement
Mouhâsibî, et sans doute aussi Ghazâlî, que le cheikh admirait vivement.
Bien qu'il travaillât
parfois comme tisserand, le jeune homme devait être l'un des plus
pauvres parmi les pauvres tholba. Un jour qu'il retirait son manteau au
cours du maître, il rougit en apercevant que ses vêtements tombaient en
lambeaux. Le cheikh fit une collecte parmi ses élèves et noua en
cachette la somme recueillie à une extrémité du manteau de Chou'aïb. Ce
soir-là, l’étudiant rentra dormir dans sa grotte du Zalagh qui lui
servait de domicile et où il retrouvait d'habitude une gazelle qui
dormait près de lui et lui donnait de son lait.
Cette fois, Chou'aïb
remarqua que des chiens, affectueux à l'ordinaire, aboyaient après lui,
et que la gazelle le fuyait. Il se demanda pourquoi, trouva l'argent et
se dit : " Cette saleté est sur moi, à mon insu. Voilà pourquoi les
bêtes me méprisent. " Il jeta l'argent. La gazelle revint ; les chiens
lui firent fête et le lendemain matin, le cheikh, à qui il raconta son
aventure, lui dit : " Réjouis-toi, ton destin est fixé. "
C'est alors qu'il entendit
un jour parler des miracles qu'un anachorète accomplissait dans la
montagne. Il s'agissait d'un homme étrange, sans doute illettré, qui ne
parlait même qu'un dialecte berbère, mais dont les sentences équilibrées
et les répliques fulgurantes déconcertaient les plus doctes.
Aboû Ya'zâ Yâlannoûr, ou
Alannoûr ben Mîmoûn ben 'Abdallah al-Azmirî, dit parfois Isguet ou Isjet,
était né au milieu du XIe siècle de notre ère, en pays Masmouda, chez
les Azmira, ou dans la tribu des Beni Sabîh de Haskoura (région de
Damnat). Après avoir vécu longtemps dans la solitude ou dans l'errance,
il s'était fixé au Jebel Yarouijane, à Tâghia, à deux bonnes journées de
marche au sud de Meknès, à l'entrée du pays Zaïan, là où se trouve
aujourd'hui son sanctuaire.
C'était un homme fortement
bronzé, grand et maigre, vêtu d'une tunique en poils de chèvre ou en
feuilles de palmier nain, et d'un burnous noir rapiécé qui lui
descendait un peu plus bas que les genoux, coiffé d'une calotte de
joncs. Il était d'apparence timide, mais n'en commandait pas moins,
disait- on, aux bêtes féroces. Sa nourriture ordinaire consistait en
fruits, en racines, en herbes, de préférence celles que personne ne
mangeait, auxquelles il ajoutait parfois une farine de glands.
Le jeune Aboû Madian partit
avec un groupe de foqara pour rendre visite au saint. Celui-ci
l'accueillit de façon étrange. Il le laissa trois jours de suite à sa
porte sans lui donner à manger, alors qu'il recevait aimablement tous
les autres. Il le repoussait même lorsqu'il se levait pour venir prendre
sa part de nourriture à la grande écuelle de bois de fabrication
européenne dans laquelle Aboû Ya'zâ servait à manger à ses hôtes.
Désespéré, le jeune homme se jeta par terre et roula son visage à
l'endroit où Aboû Ya'zâ s'était assis. Quand il releva la tête, il
était aveugle. Il passa toute la nuit suivante à pleurer. Au matin le
cheikh l'appela : " Arrive ici, l'Andalou. " Aboû Madian s'approcha à
tâtons. Aboû Ya'zâ lui passa la main sur les yeux, qui furent guéris ;
puis sur la poitrine, et tous les soucis s'en allèrent de son coeur. Il
ne souffrait même plus de la faim.
- Ce garçon est appelé à un
grand avenir, dit simplement le cheikh, qui l'admit désormais parmi ses
disciples.
Au bout de quelque temps,
Aboû Madian demanda l'autorisation de partir. Il désirait continuer ses
études, et s'acquitter du pèlerinage à la maison d'Allah.
Le vieux cheikh lui fit ses
recommandations : Tu rencontreras un lion. N'aie pas peur. Si pourtant
la crainte s'empare de toi, dis lui : " Pour l'amour de Yâlannoûr, je te
prie de t'éloigner. " Et il partira. Tu rencontreras aussi trois voleurs
sous un arbre. Tu les exhorteras à se convertir. Deux d'entre eux
reviendront dans le droit chemin, le troisième continuera sa triste vie
et finira ses jours crucifié à cet arbre. Et il en fut ainsi.
Aboû Madian quitta donc pour
toujours l'étrange cheikh de la forêt, le laissant à ses auves dociles
et à ses oiseaux familiers. Il n'oublia jamais son maître. C'est de ce
rude montagnard berbère qu'il déclarait avoir reçu l'initiation à la
voie soufie remontant, par Jounayd de Bagdad, à Sarî al-Saqathî, à Habîb
al-'Ajamî et à Hassan al-Baçrî. On cite aussi parmi ses maîtres 'Alî ben
Ghâlib (mort en 562 /1166) qui fut surtout un érudit, Aboû'hassan
al-Chawi ou Salaoui, et surtout Aboû 'Abdallah al-Daqqaq, de Sijilmassa,
mort à Fès, qui semble avoir été plutôt un illuminé qui lui aurait donné
le froc soufi (khirqa) et la licence d'enseigner (ijâza). Plusieurs
biographes assurent qu'il rencontra à La Mecque le grand Abdelqâder
al-Jîlânî et que c'est de lui qu'il reçut la khirqa avec beaucoup de
secrets.
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