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Sans
conteste, il revêt un sens spirituel majeur qui nous éclaire sur la
véritable nature du Prophète et celle de la religion qu’il a portée.
Commençons par l’interprétation la plus ‘‘extérieure’’ : certains
orientalistes ont vu dans l’expression
alnabî
al-ummî
« le
prophète des païens », c’est-à-dire de ceux qui n’ont pas reçu de livre
révélé, contrairement aux « gens du livre », les juifs et les chrétiens
notamment. Les Arabes étaient bien païens, pour la plupart, avant l’arrivée
de l’islam, mais des auteurs musulmans comme A. Badawi font remarquer que,
dès le début de sa mission, Muhammad a eu conscience qu’il était envoyé à
tout le genre humain, et pas seulement aux Arabes. Badawi fait donc dériver
le terme
ummî
de
umma,
ou plutôt de son pluriel
umam
(nations, peuples), mettant ainsi en relief l’universalisme de la mission de
« l’Envoyé de Dieu ». D’autres auteurs musulmans, anciens cette fois, ont
même suggéré que
ummî
viendrait de
umm al-qurâ,
« la Mère des Cités », un des noms de La Mecque dont est originaire le
Prophète.
Le plus
souvent cependant,
ummî
est
compris comme « illettré », « qui ne sait ni lire ni écrire », et désigne
ainsi la personne qui est restée telle que sa mère (umm)
l’a enfantée. Le plus grand miracle du Prophète consiste dès lors dans le
fait que le Livre par excellence lui ait été révélé. En outre, cet
illettrisme prouve qu’il n’avait pas une connaissance directe des Ecritures
judéo-chrétiennes, et donc qu’il n’a pu les plagier. Pour des auteurs tels
qu’Ibn Khaldûn, la
ummiyya
du
Prophète ne trahit pas une déficience, comme c’est le cas chez le commun des
hommes, mais elle manifeste au contraire sa « perfection ». Pourtant,
l’analphabétisme du Prophète ne représente pas une certitude chez les
auteurs musulmans eux-mêmes. L’un d’entre eux estime peu probable que « la
meilleure des créatures ait été privée de l’art de l’écriture ».
Pour
les soufis, il s’agit d’un faux débat : que Muhammad, en tant que commerçant
mecquois, ait su ou non lire et écrire n’entame en rien sa
virginité spirituelle.
Par sa transparence à l’Être, il a pu accueillir le Verbe – le Coran -, de
même que la Vierge Marie a reçu le Verbe – Jésus. Le Prophète est donc
l’archétype béni de ceux ou celles qui reçoivent la « science innée »,
inspirée, en contraste avec la « science acquise » par les moyens humains
ordinaires. Il s’agit d’une science instantanée, plénière, unitive et
toujours vivante : « J’ai reçu les paroles qui synthétisent », disait le
Prophète, ou encore « J’ai reçu la science des premiers et des derniers ».
Les acquis du ‘‘lettré’’, quant à eux, sont toujours conditionnés, partiels,
car liés au temps et à l’espace. « Vous prenez votre science de savants qui
se succèdent de mort en mort, disait Bistâmî aux juristes de son époque,
tandis que nous recevons la nôtre du Vivant qui ne meurt pas ! ».
Dans le
soufisme, le spirituel
ummî
– qu’il
soit matériellement illettré ou non – illustre un modèle supérieur de la
sainteté. En effet, il incarne au mieux la
Fitra
de
l’islam, la « nature pure originelle » de l’être humain. « Le livre du soufi
n’est pas composé d’encre et de lettres ; il n’est rien d’autre qu’un coeur
blanc comme la neige », écrit Rûmî, dont nous célébrons cette année le 800e
anniversaire de la naissance.
Mais
que signifie pour nous cette
ummiyya
aujourd’hui ? Y avons nous quelque accès ? Ce qu’il nous faut en retenir,
c’est sans doute la liberté foncière qui habite le
ummî,
son
non-conditionnement
à
l’égard de la culture humaine, passablement usée de nos jours. Le
ummî
a
conservé une faculté d’émerveillement dont nous avons bien besoin pour
réenchanter le monde. Et l’on sait à quel point
le
Cheikh Sidi Khaled insiste sur la nécessité de se déconditionner pour
parvenir à l’essence de l’esprit muhammadien.
Mais à
propos, la
tarîqa
‘Alâwiyya serait-elle une Voie
ummî
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