Le jeudi 29 mars dernier,
une conférence réunissait autour du Cheikh une dizaine de chercheurs du CNRS
et enseignants d’universités. Cette rencontre avait lieu dans le cadre des
Jeudis de l’IMA sur le thème : Le Mawlid en Islam, formes et usages d’un
rite, grâce au soutien du Laboratoire des Monothéismes (CNRS), dirigé
par Philippe Hoffmann, qui avait déjà participé à l’organisation de la
conférence sur l’Emir Abd el-Kader en décembre 2002 à l’IMA.
L’objectif de cette rencontre, initiée
par A.I.S.A et Terres d’Europe, était de proposer au public de l’Institut du
Monde Arabe, venu en grand nombre ce jour-là à l’auditorium, une réflexion
sur l’histoire du Mawlid al-Nabawi, son origine, les fondements religieux
sur lesquels cette célébration s’appuie mais aussi la diversité de ses
manifestations dans l’ensemble du monde musulman.
La figure du Prophète dans le chiisme
a tout d’abord été abordée par Ali
Amir Moezzi. Le Prophète Muhammad est aussi wali, ami intime de Dieu,
à l’instar de ‘Ali son gendre, figure centrale du chiisme. Pour les Chiites
comme pour les Sunnites, le Prophète a été envoyé en tant que lumière, et
c’est cet élément qui a été repris par tous les conférenciers comme
fondement de la célébration de la naissance du prophète Muhammad dans les
premiers siècles qui suivirent sa disparition.
Justification de la célébration du
Mawlid
Eric Geoffroy et Denis Gril ont tous
deux rappelé qu’à partir du XIIe siècle les savants musulmans, comme Suyuti,
ont justifié cette célébration, la considérant comme une « bonne »
innovation dans la mesure où elle donnait lieu à la récitation de prières et
de louanges sur le Prophète, dont il est rappelé à cette occasion les faits
marquants de sa vie. C’est le cas par exemple dans les très beaux textex d’al-Barzandji
et d'Al Jazouli, récité dans les mosquées et les zawiyas du Maroc, ainsi que
l’a rappelé Ali Elamrani Jamal.
Le Mawlid à travers le monde musulman
En Inde, Marc Gaborieau nous a appris
que le jour du Mawlid, les Musulmans du sous continent indien, qui
représentent la très grande majorité de la communauté musulmane (400
millions), célèbrent l’anniversaire de la mort du Prophète, qui est pour eux
une renaissance. Dans toute l’Afrique de l’est, le Mawlid al-Nabawi donne
lieu à de grandes festivités qui durent une semaine avec de nombreuses
processions, de la musique et la participation des esprits. Mais c’est sans
doute dans l’Empire ottoman que cette fête fut la plus fastueuse, car
favorisée par le pouvoir qui ordonnait alors l’illumination de toutes les
mosquées, et la participation de l’ensemble de la population. Sossie
Andézian nous a rappelé qu’à Tlemcen, entre 1980 et 1990, le Mawlid perdit
de son importance, le débat sur la légitimité de la fête étant peu à peu mis
en avant par le FIS et perturbant le déroulement de la cérémonie au sein
même de la confrérie des ‘Isawas.
Une jauge de la liberté d'expression
Le Mawlid, conclut le Cheikh Bentounès
dans son intervention, est la jauge de la liberté d’expression au sein des
populations musulmanes. Ni les pouvoirs politiques ni les tendances
extrémistes de l’islam ne sont pourtant parvenus à faire disparaitre le
Mawlid al-Nabawi qui est célébré jusqu’en Arabie Saoudite, même si dans ce
cas il a lieu à l’intérieur des palais. Présent dans l’ensemble du monde
musulman, de l’Afrique à l’Asie et aujourd’hui également en Europe, cette
célébration est fondamentale car elle nous rappelle que le Prophète a été
envoyé comme lumière pour les mondes et c’est en cela qu’elle associe
l’humanité toute entière. Nous espérons réunir les textes de ces conférences
et y ajouter quelques contributions de chercheurs non présents afin de
préparer une édition.