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Résumé de la conférence du cheikh Sidi Khaled BENTOUNES

"La miséricorde Muhamadienne"

 

 

 

Dans un monde engagé dans une course effrénée à la consommation, quitte à remettre en question l’avenir de la planète, le Cheikh Khaled Bentounès invite les hommes et les femmes à devenir au quotidien des producteurs de Miséricorde.  

« La Miséricorde, nous la recevons. Nous pouvons également la donner, en faire un don de vie ». Ainsi s’est exprimé le Cheikh Khaled Bentounès, lors de son intervention dédiée à la Miséricorde mohammadienne, le samedi 19 janvier 2008, à la Mosquée de Paris.

Selon lui, la Rahma* est productrice de vie, d’amour, de bien-être et de paix. Il a interpellé le public nombreux et l’a incité à se demander comment chacun des présents se comporte avec sa famille, ses collègues, ses voisins. Chacun fait-il, à l’instar du Prophète Mohammed, don de cette Miséricorde ? La notion de Rahma est une réalité concrète dans le quotidien : tout ce que nous disons, entreprenons doit en être imprégné. Elle devient une réalité effective, matérialisée dans les comportements et même dans les conflits.

« Le monde est fait de conflits. Mais si nous mettons de la Miséricorde entre nous et l’adversaire, nous pouvons lui donner cette notion de complémentarité. L’adversaire devient alors un partenaire. Du conflit peut sortir un partenariat matériel, spirituel… »

Le Cheikh Bentounès a ensuite rappelé que c’est dans cette Miséricorde que s’inscrit le message mohammadien : Nous ne t’avons envoyé que comme une Miséricorde pour les mondes dit le Coran. La Miséricorde devient Mohammed, l’être lui-même. Mais un être qui, quand il l’a reçoit, est reconnaissant. Il vit dans la louange, entièrement imprégné par la Rahma qui lui donne sa véritable réalité : l’être en est à la fois le récepteur et le diffuseur. « La Rahma mohammadienne est le centre qui permet à la création toute entière d’échanger et de vivre. Il n’y a pas un seul atome qui ne se nourrit de cette Rahma. »

Le plus proche de Dieu est celui qui est le plus miséricordieux envers sa créature, d’après un hadith du Prophète. Selon le Cheikh Bentounès, « chacun de nous est un acteur de ce monde. Chacun doit se poser la question : est-ce que mon rôle est un rôle positif, et donc miséricordieux ? »

 

« Abandonnons le système pyramidal ! »

La salle de conférence de la Mosquée de Paris était pour l’occasion pleine. Ce lieu symbolique, en plein cœur de la capitale, avait été inauguré, en autres, en 1926 par le Cheikh Al ‘Alâwi, fondateur de la Voie soufie ‘Alâwiya et arrière-grand-père du guide actuel, le Cheikh Khaled Bentounès. Suite à son intervention, le public a posé nombre de questions.

L’une d’elles était : « y a-t-il une méthode pour donner à voir un Islam autre que celui qu’on voit aujourd’hui dans les médias ? » 

« Nous devons être honnêtes, la Miséricorde nous l’impose, répond le Cheikh. La Miséricorde est l’axe central de tout vivant, de la Réalité qui nous englobe. Abandonnons le système pyramidal ! La philosophie de la Miséricorde, c’est la philosophie du cercle : nous avons besoin les uns des autres, nous ne pouvons concevoir un avenir l’un contre l’autre. Est-ce que l’homme n’est que le producteur de richesses matérielles, quitte à ce que cela mette sa descendance en danger ? Est-ce notre seule quête ici-bas ? »

Le cheikh Bentounès a donné l’exemple de la Mosquée des Omeyyades à Damas, qui se situe en lieu et place d’un temple dédié à Jupiter et d’une basilique. « Quand les musulmans sont arrivés, les chrétiens ont partagé avec eux ce lieu pendant soixante-dix ans. Ils faisaient la prière au même endroit. Les premiers musulmans n’ont pu véhiculer ce message que parce qu’ils faisaient preuve d’une grande miséricorde envers autrui. Je reviens d’Indonésie. Là-bas, la mosquée, le temple hindouiste et l’église se jouxtent. Ils ont le même jardin, le même parking : c’est le partage d’un même espace de convivialité. On passe de l’un à l’autre simplement. Cela n’est possible que par la Miséricorde : je vois l’autre avant tout comme une créature divine. S’il est là, il doit être là, comme moi : il a le droit à l‘existence. »

« Comment revenir à la Miséricorde ? Il y a eu trop de morts entre nous, les gens ne peuvent oublier ! » « La vie ne s’arrête pas. Combien de morts entre la France et l’Algérie ? Entre la France et l’Allemagne ? Combien y a-t-il eu de morts pendant la seconde guerre mondiale ? Si nous ne retournons pas à la Miséricorde, nous optons pour la mort, pour une société suicidaire. Si vous, jeunes, vous ne portez pas l’espérance en vous, comment pouvez-vous la transmettre à vos enfants ? Aujourd’hui, des enfants de 12-13 ans commencent à être meurtriers : on ne produit plus de sens, mais du consommable. L’homme est porteur de la vie, pas de la mort. »

A la question « Quelle attitude du cœur avoir quand Dieu envoie une épreuve ? », le Cheikh rappelle les circonstances de la révélation de la sourate ADDOHA** : c’était un moment où le Prophète se sentait abandonné par la Miséricorde, source de lumière et de guidance pour lui. C’est alors que le verset est arrivé, que la vie est revenue. « Il ne faut pas céder à l’épreuve car on ne sait pas à quel moment cette Miséricorde nous atteint. »

La conférence terminée, le public s’est empressé autour du Cheikh, prolongeant ainsi encore un peu ce moment empreint de paix, de partage et de miséricorde. 


* Miséricorde divine

 

** « Par la clarté du jour, Par la nuit quand elle s’étend ! , Ton Seigneur ne t’a ni abandonné, ni haï ! …» (extrait de la sourate 93)