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Thème d’une rencontre au Centre culturel français
d’Alger
Le choc
des civilisations, «un choc d’ignorance»
Samedi 15
Décembre 2007
«Religion et civilisation», est l’intitulé de la table ronde initiée par le
Centre culturel français d’Alger jeudi dernier. La salle était archicomble,
quelques chaises ont même été installées en dehors, c’est dire l’intérêt que
ce débat a suscité. Présenté par le journaliste Yacine Temlali, le thème
relève d’une subtile complexité. Une variété d’interprétations suggère
diverses pistes d’interrogations, et de préciser que le fait religieux est
très vivace et qu’il n’est pas seulement lié au monde musulman.
Il donne l’exemple des Etats-Unis d’Amérique, entre autres, où la religion
occupe une place prépondérante dans la vie de tous les jours. Ce dernier a
bien dessiné les lignes directrices du débat avant de laisser la parole à
Alain Gresh, en premier lieu, ensuite à cheikh Khaled Bentounes, puis au
public en dernier lieu.
Dans son brillant exposé, Alain Gresh, spécialiste du Moyen-Orient et
rédacteur en chef du Monde diplomatique, remet en question de prime abord
quelques concepts avancés par les serviteurs de la Maison- Blanche, à savoir
la Fin de l’histoire de Fukuyama et le Choc des civilisations de Samuel
Huntington et faisant l’historique de ce mot considéré comme le triomphe du
monde occidental où les valeurs libérales constituent le ciment idéologique.
Il précisera que le premier à avoir glissé le mot est l’universitaire
britannique Bernard Lewis, un spécialiste de la Turquie, qui donnera en 2003
le contenu idéologique de l’invasion de l’Irak.
Après la première guerre du Golfe en 1990, l’idée sera vite répandue. Après
la mort de la menace rouge (communiste), c’est la menace verte (islam),
c’est avec ces propos que les Etats-Unis d’Amérique donnent vie à leur
entreprise de destruction massive, l’exemple de l’Irak est on ne peut plus
stupéfiant. En quelque sorte, sans les conflits, la Maison-Blanche aura du
mal à fonctionner. Ce qui fera dire à Bush que la guerre qu’il engage n’est
pas politique mais une guerre de conflits de valeurs. Ce qui a permis
l’émergence d’une nouvelle politique américaine, juste après les attentats
du 11 septembre, l’apocalyptique Bush affirme même la longue vie de la
guerre. L’intervention de l’auteur de L’Islam, la République et le monde, a
fait preuve d’une rigueur analytique et d’une précision assez perspicace. Il
égrènera les raisons qui ont encouragé ces «Etats salauds» selon la formule
de Derrida, à asservir le monde. La défaite de 1967 ainsi que la politique
de Khomeiny, le droit de vote des femmes, la question du foulard notamment
passeront au crible de l’analyse. Les exemples sont aussi riches que variés,
la Chine, le Liban sont cités comme exemple, l’un pour son émergence qui
fait frissonner l’Amérique et le deuxième pour son hétérogénéité. L’idée de
guerre contre l’islam, dira-t-il, «me semble d’autant plus fausse. Bush et
Ben Laden ne sont qu’une variation du mal».
Cheikh Khaled Bentounes, chef spirituel de la confrérie Alawiya, quant à
lui, dira sans emphase que l’intérêt financier et le marché libre priment,
il n’y a pas de choc des civilisations, mais un choc d’ignorance,
martèle-t-il. Pour lui, l’essentiel pour le musulman est l’image qu’il se
fait de lui-même. Et il enchaîne : «Il y a chez nous une tendance à vouloir
enfermer l’islam dans des limites de compréhension, ce qui donne de
l’orthodoxie.» «Il y a une main basse sur l’islam», dira-t-il. Dans son
intervention, il retrace l’historique de la naissance de la salafia en
France (1884) sous l’impulsion de Djamel Eddine Al Afghani et de Mohamed
Abdou. Et plus tard le successeur, Rachid Ridha, et sa fameuse revue El
Manar qui réhabilitera le wahhabisme, considéré pourtant comme une hérésie.
Il évoquera le premier congrès musulman en juin 1926 en Arabie saoudite, La
Mecque sous Abdelaziz Saoud, et ses conséquences sur le cheminement de
l’islam. Son analyse s’est également portée sur l’émergence de l’islam en
Asie. Il dira à ce propos qu’il est le signe visible d’une cordialité. Pour
le cheikh, les musulmans sont pris entre le marteau et l’enclume. L’islam
est devenu suspect aux yeux de l’Occident, pour ce dernier, il n’y a de
musulman qu’intolérant.
Le public a eu l’opportunité de dégager cette frustration qui le ronge, les
quelques interventions ont montré le brouillard qui continue à l’entourer.
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